25.04.2014
Turquie: Révolte dans les prisons après le massacre de 13 détenus
2012-06-19 10:15:06
Yazdir

Plusieurs incendies ont été déclenchés dans les prisons turques surpeuplées, après la mort de treize prisonniers kurdes dans la prison de Urfa suite à une protestation contre les conditions d’incarcération inhumaines.

Le 16 juin, les corps carbonisés de treize prisonniers ont été retrouvés dans la prison de Urfa, tandis que cinq autres ont été grièvement blessés après un incendie déclenché par des prisonniers pour protester contre les conditions insupportables de détention. Cette prison compte 1050 prisonniers, soit près de quatre fois sa capacité.

L'incendie s'est déclaré pendant une bagarre entre prisonniers, selon le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Mais les députés de l’opposition qui ont visité la prison ont démenti cette version officielle affirmant qu’il s’agissait d’une protestation contre les mauvaises conditions.

Retard d’intervention

L’incendie a été déclenchée quand les prisonniers ont mis le feu à des couvertures et des lits dans un pavillon où se trouvaient 18 détenus, alors que sa capacité d’accueil de 6 personnes. Des slogans tels que « l’État assassin » ont été entendus dans la prison après la mort de 13 détenus à cause d'un retard d'intervention.

Un second incendie s'est déclaré le 18 juin dans la même prison, cette fois dans le pavillon des enfants. 14 personnes ont été blessées dont une grièvement, a dit Mehmet Seker, le député du parti d’opposition CHP, à la sortie de la prison.  Dénonçant les conditions d’incarcération de cette prison, il a affirmé que les détenus dorment tour à tour dans des pavillons par manque de place.  

Le principal parti kurde BDP avait averti le gouvernement sur la situation insupportable de cette prison, en janvier dernier, affirmant : « Les mesures nécessaires doivent être prises avant le déclenchement d'une mutinerie. »

La mutinerie se propage

 Le même jour, d’autres incendies se sont déclarés dans les prisons de type E d’Adana et d’Antep, ainsi que celle de type T d’Osmaniye, suite aux protestations contre les mauvaises conditions. Au moins 31 personnes dont 16 à Osmaniye, 10 à Adana et 5 à Antep ont été blessées. 

Pour les organisations kurdes, un massacre a été commis dans la prison d’Urfa et les responsables sont le ministre de la Justice et l’administration de cette prison. 

Les détenus exilés

Au lieu de prendre des mesures pour améliorer la situation et sanctionner les responsables de ces conditions inhumaines, les autorités ont exilé mardi 19 juin 127 détenus vers d'autre prisons dont 42 à Izmir, située à plus de 1300 km d’Urfa. 

Le président de l’Association des droits de l’homme (IHD), Öztürk Türkdogan, a affirmé que rien n’est changé dans cette prison depuis deux ans, rappelant qu’un détenu politique s'était immolé par le feu en septembre 2010 après avoir été transféré dans le quartier des détenus de droit commun, ce qui avait provoqué une mutinerie dans l'établissement et un incendie sans faire de victimes.

L’État commet des crimes

Le responsable local de l’IHD, Cemal Babaoglu, a de son coté dénoncé l’atrocité : « La situation est révoltante. Même un animal ne peut vivre dans cette prison, il mourra. »

Pour lui, les autorités turques réagissent avec « haine » et « hostilité » et « commettent des crimes ». « L’État commet des crimes. Il doit apprendre à respecter les droits humains. Nous ne sommes pas sous l’empire ottoman. Si la Turquie est censée d’être un pays de droits, elle doit respecter ses engagements. »

Selon le rapport annuel de l’IHD, le nombre de détenus s’était élevé à 130.617 en février 2012, contre 128.604 en 2011, dont 2.309 enfants. 90,94 % des ces derniers sont des détenus préventifs, soit 2.100 enfants. Le nombre de détenus était un peu moins de 60.000 en 2002, année de l'arrivée au pouvoir de l'AKP, parti du premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

L’arrestation est devenue tellement facile qu’il ne passe pas  un jour sans arrestations massives visant les opposants, notamment les kurdes, pour des motifs hallucinants.

Au moins 12.685 personnes ont été placées en garde à vue  pour des motifs politiques et 2.922 d’entre elles ont été emprisonnées au cours de la même période, contre  7.100 arrestations et 1.599 emprisonnements en 2010 et 7.718 arrestations et 1.928 emprisonnements en 2009.



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