03.10.2012
Ces journalistes kurdes qui défient la répression…
2011-12-04 09:19:36
Yazdir

Enlevés, torturés, tués, bombardés… les journalistes kurdes continuent de révéler des vérités malgré la répression accrue. Plus de 70 travailleurs de la presse kurde ont été tués depuis 1990 en Turquie, tandis que des dizaines de journaux ont été fermés des centaines de reprises et des locaux ont été détruits par des bombes sur ordre des autorités.

Le 2 décembre était le 17e anniversaire de l’attaque à la bombe contre le journal « Özgür Ülke » (Le pays libre). Fondé en 1992 avec le slogan « Aucune vérité ne restera dans l’obscurité », trois explosions avaient visé dans la nuit du 2 au 3 décembre 1994 deux bureaux du journal à Istanbul et un à Ankara, faisant un mort et 23 blessés parmi les travailleurs du journal.

« Ce feu vous brulera aussi »

Au lendemain de ces attaques, dont le siège a été détruit à Istanbul, le journal est sorti avec la UNE « Ce feu vous brulera aussi », suite à un travail obstiné pendant toute la nuit dans les locaux des medias socialistes. Quinze jours plus tard, le journal a révélé un document « confidentiel » signé par Tansu Ciller, la première et la seule femme à exercer la charge de Premier ministre dans son pays entre 1993 et 1996. Accusé aujourd’hui d’être le responsable des exécutions extrajudiciaires par milliers,  elle ordonnait dans ce document la destruction du journal kurde.

Le premier journal de « tradition de la presse libre » est sorti 15 juin 1989 avec le nom « La résistance sociale », suivi par Halk Gerçeği (La vérité du peuple) en avril 1990. Yeni Ülke (Le nouveau pays), quatrième journal de la même tradition, sorti le 20 octobre 1990, a été également visé par une attaque à la bombe dès la première édition.

73 travailleurs de presse kurde tués

Depuis le premier journal de cette tradition, plus de 50 journaux quotidiens et hebdomadaires sont sortis, défiant toutes les autorités répressives qui ont tué au moins 73 journalistes et travailleurs de presse kurde. Ces journalistes qui ont été enlevés,  menacés, torturés, perdus ou exécutés en pleine rue, mais n’ont jamais accepté de se taire…

Les attaques à la bombe, des assassinats et des procès innombrables ont laissé la place aujourd’hui aux arrestations massives. Hier, on tuait les journalistes kurdes. Aujourd’hui, on les enferme.

Le quotidien Özgür Gündem (L’actualité libre) qui parait en langue turque, le premier quotidien en langue kurde Azadiya Welat et l’agence de presse DIHA sont les principaux medias dans la ligne de mire du gouvernement AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Plus grande prison du monde pour les journalistes

Plus de 70 journalistes et écrivains, en majorités des kurdes,  sont aujourd’hui derrières les barreaux, sous haute surveillance, ce qui fait la Turquie la plus grande prison du monde pour les journalistes, loin devant la Chine et l’Iran. Parmi ces prisonniers figurent au moins 13 journalistes d’Azadiya Welat, dont quatre rédacteurs en chef et 11 correspondants du DIHA, sans compter les autres journalistes kurdes.

Des dizaines de journaux kurdes, mais aussi gauches alternatives ont été suspendus à des centaines de reprises depuis l'arrivé de l'AKP au pouvoir en 2002.  Azadiya Welat a été suspendu à neuf reprises depuis qu'il sort de manière quotidienne en 2006.

Le gouvernement Erdogan contrôle désormais tous les grands medias, en les transformant en instruments de propagande. Allant plus loin encore, il a chargé la police à rédiger des articles pour les médias, notamment pour le Zaman (journal de la Confrérie Gulen),  Yeni Şafak, Sabah, Bugün, Taraf, Sabah, Milliyet, Hürriyet, Haber Türk, Akşam et le Vatan. 

Hier bombardé, Aujourd’hui menotté

En 20 ans, plusieurs gouvernements se sont succédés en Turquie et chaque gouvernement a essayé de faire taire les medias kurdes avec tous les moyens, mais sans succès.

Les journalistes kurdes, rassemblés le 3 décembre devant le bâtiment visé en 1994, dénonçaient encore une foi la politique liberticide du gouvernement et demandaient la libération des tous les journalistes emprisonnés, brandissant une banderole « Hier bombardé. Aujourd’hui menotté. La presse libre ne se taira pas ».

« 22 ans ont passés. Nous avons plus de 70 martyres, mais ce journal continuera à paraitre quel que ce soit le prix à payer » affirmait Huseyin Aykol, le directeur de publication du journal Özgür Gündem.



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