23.03.2017
Les tamouls se réorganisent après de terribles massacres
2012-09-26 10:12:39
Yazdir

Quelque dix mille kilomètres loin du Kurdistan, un autre peuple a subi de terribles massacres par l’armée sri-lankaise devant les yeux du monde entier. En 2009, le peuple tamoul a perdu une guerre mais pas la cause et l’espoir de se réorganiser. Le peuple tamoul ne croit toujours pas à la mort de leur chef Velupillai Prabhakaran.

Face à ce peuple, il y a une armée qui a commis des crimes contre l’humanité. Les tamouls ont été victimes de terribles massacres, ainsi que des tortures et des viols dans les prisons, mais jamais leur langue maternelle n’a pas été interdite comme le kurde. 

La langue tamoule est considérée comme la première langue de l'Inde à pouvoir être considérée comme une langue classique. Cités comme étant la dernière civilisation classique survivante sur terre, les tamouls ont su développer et placer leur art et architecture parmi les plus notables contributions de l'Inde et de l'Asie du sud-est.

En 2009, la population tamoule était estimée à environ 80 million, dont quelque 70 million en Inde et plus de 8 million au Sri Lanka, selon des sources tamoules, sans compter la diaspora qui comprendrait quelque 2 à 3 million. Les tamouls de ces deux pays partagent les mêmes cultures, mais se distinguent par leur dialecte. Une patrie commune indépendante n’est pas revendiquée. 

Une guerre de 33 ans

Avant la dernière bataille, une lutte armée a duré pendant 33 ans. Fondé en 1976,  le mouvement des Tigres de libération de l'Îlam Tamoul (LTTE) a mené une lutte armée pour l’autodétermination et la création d'un État, dans le nord-est de l'île. Comme la plupart des mouvements de libération, le mouvement LTTE a été placé sur la liste officielle des organisations « terroristes » des États-Unis d'Amérique, de l'Union européenne, du Royaume-Uni, mais aussi sur celle de l'Inde.

Le 25 janvier 2009, l’armée sri-lankaise a pris le contrôle de la petite ville de Mullaitivu à la suite d’une opération menée avec la participation d’au moins 50 mille soldats contre quelque deux mille militants. Le 24 avril, les tigres ont reculé dans une zone de 13km2 à Puttumatalan, étroite bande côtière du district de Mullaithivu encerclé par l'armé. Moins d’un mois plus tard, le 18 mai, le chef du mouvement tamoul Velupillai Prabhakaran a été déclaré mort par les autorités sri-lankaises, suite à des massacres.

La joie qui s’élève sur la souffrance d’un peuple

Le 19 mai, les images du corps présumé de Velupillaï Prabhakaran ont été publiées. C’était une victoire pour l’État sri-lankais, mais un coup sévère contre le mouvement de la libération des tamouls et leurs espoirs pour un avenir. La joie des dirigeants sri-lankais s’élevait sur la souffrance du peuple tamoul.

Selon l’ONU, au moins 30 000 personnes ont été tuées durant quelques derniers mois de la guerre. Mais le vrai bilan serait encore plus lourd. Hormis ces 30 000, l’Etat du Sri Lanka s’est rendu responsable de plus de 146.679 morts par fait de guerre, en grande partie des femmes et des enfants, entre décembre 2008 et 18 mais 2009, affirme de son côté la Maison du Tamil Eelam à Paris.

Après la fin de la guerre, l’armée a divisé la population civile et tous les militants qui se sont rendues, a dit à l’ActuKurde  le président de l’association Tamil Eelam, T. Thiruchchoti. Au moins 20 000 personnes ont été emprisonnées dont certaines ont été libérées sous contrôle, ajoute le président de l’association.

« Aujourd’hui,  les autorités disent que ces gens sont réhabilités. Des camps militaires ont été créés pour la rééducation des anciens combattants, en imposant la langue singhalaise, l’hymne singhalais et le respect au drapeau. »

Tortures dans les prisons

Parmi les personnes arrêtées, on ignore le sort de nombreuses, notamment celui des chefs du mouvement. La « victoire » militaire sri-lankaise n’a pas mis fin à la torture et aux autres violations des droits humains.

« En été 2012, deux prisonniers politiques ont été battus à mort. L’un de ces prisonniers était en grève de la faim. Il est mort une semaine après l’attaque de l’armée » raconte Mr. Thiruchchoti.  « Disparus depuis dix ans, leurs parents ne savaient même pas qu’ils étaient en prison.»

En outre, de nombreuses personnes se trouvent dans les prisons sans aucun jugement, comme des otages.

Appel pour le boycott du Sri Lanka

Les tamouls portent toujours les cicatrices de la guerre. Ils réclament la justice, soit la punition des crimes contre l’humanité. La diaspora tamoule a lancé une campagne de boycott de l’État du Sri Lanka, « coupable de crime contre l’humanité qui ne respecte pas les droits de l’homme ni la Charte de la Déclaration de Nations Unies. »

Autrement dit, la diaspora appelle l’opinion publique internationale à boycotter le tourisme, parce que ce pays, en plus des crimes commis contre le peuple tamoul, est réputé pour le tourisme sexuel, notamment pédophile,  et à boycotter la consommation de thé et d’autres produits Made in Sri Lanka, parce que « les ouvriers agricoles des plantations de thé sont majoritairement des tamouls qui travaillent et vivent dans des conditions déplorables. Les travailleurs tamouls de l’industrie textile travaillent et vivent aussi dans des conditions proches de celles des ouvriers européens de XIXème siècles.

Lutte politique dans le pays

A l’intérieur du pays, une lutte pour les droits du peuple tamouls continue par des partis politiques légaux et des organisations de la société civile. Le parlement sri-lankais compte une vingtaine de députés tamouls sur 225, selon le président de la Maison du Tamil Eelam.  Renoncée à son objectif de l’obtention d’un État tamoul indépendant, l’Alliance nationale tamoule (TNA) a remporté 14 sièges lors des élections parlementaires d’Avril 2010, arrivant au troisième rang. La TNA cherche à trouver une solution politique à la question ethnique dans le cadre d’une autonomie régionale. 

Un État à deux nations

Mais les tamouls rêvent toujours un État indépendant qui leur appartient, en attendant les conditions favorables.  « Nos revendications n’ont pas changé car nous avons une lutte démocratique » dit Mr. Thiruchchoti, avant de poursuivre : « C’est le peuple qui a décidé pour un État indépendant, après 30 ans de ségrégation par l’État sri-lankais. Notre but final est l’indépendance.  Mais pour arriver à une solution, on parle aussi d’une confédération. »

Pour une solution avant l’indépendance, la diaspora tamoule propose une réconciliation pour un Etat à deux nations.

Ils ne comptent pas sur l’ONU

Cependant, les exigences immédiates sont la punition des responsables des massacres dans le cadre d’une enquête internationale. Pour cela, ils ne comptent pas sur l’ONU. Le président de l’association tamoul dit ne pas croire à l’ONU de trouver une solution. « Ils doivent avant tout nous reconnaitre comme un peuple » dit-il, se justifiant par le silence des pays occidentaux face à la répression anti-kurde en Turquie.

« Nous réclamons une enquête international sur les massacres, la justice rendue, la reconnaissance de droits du peuple tamouls, la récompense des victimes et la réhabilitation » ajoute-il.

Hypocrisie du gouvernement socialiste français

En France, la communauté tamoule est soutenue par certains députés, affirme Thiruchchoti.  « Nous voulons rencontrer le ministre des affaires étrangères »  poursuit-il, avant de reconnaitre que c’est une tâche difficile, parce que  les associations tamoules sont soupçonnées de soutien aux « terroristes »,  alors que les pays de l’Union Européens qui préparent des listes noir soutiennent eux-mêmes les Etats qui commettent des massacres.  Pour Mr. Thiruchchoti, le gouvernement socialiste français n’est pas différent de celui de Sarkozy.

Malgré le silence et la complicité face aux massacres, les tamouls se réorganisent. Des militants armés opéreraient toujours au pays des tamouls, mais dans un secret absolu, selon la diaspora. « Aujourd’hui, les conditions internationales ne permettent pas à une nouvelle lutte armée » souligne le président de l’association.

Le chef du LTTE n’est-il pas mort ?

Le peuple tamoul ne croit toujours pas à la mort de leur chef. « On ne sait pas s’il est mort ou vivant.  L’armée a montré un corps qui ne ressemblait pas à lui. Les tamouls croient toujours qu’il est vivant. Le peuple ne croit pas qu’il est mort et ne croit non plus qu’il est entre les mains des autorités. »

Pour soutenir cette idée, Mr. Thirchchoti explique : « Dans les années 1990, il y a eu une guerre de l’armée indienne sur le sol des tamouls au Sri Lanka et pendant cinq ans, le chef était disparu. On ne savait pas s’il était mort ou vivant. L’armée indienne disait qu’il avait été tué. Plus aucune nouvelle de lui pendant cinq ans. Mais il est revenu. »

Il conclut : « Même s’il est mort, ce n’est pas la fin. Le combat pour son idéologie se poursuit »

Par Maxime Azadi



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