23.03.2017
RSF : Le procès de 44 journalistes rappelle des heures sombres
2012-09-11 00:12:23
Yazdir

Le procès de 44 journalistes des médias kurdes dont 36 incarcérés depuis décembre 2011 s’est ouvert lundi 10 septembre. « La criminalisation du journalisme doit cesser » a déclaré Reporters sans frontières dans un communiqué.

« Ce procès de masse rappelle des heures sombres que l’on espérait révolues, a déploré l’organisation. Malgré les promesses et les aménagements à la marge, force est de constater que la justice persiste dans les graves dérives que nous condamnons depuis des années : criminalisation du journalisme critique et militant, publications assimilées à des actes de terrorisme, abus systématique de la loi antiterroriste et de la détention provisoire… Cette approche répressive de la presse et de la société civile est non seulement dangereuse pour la liberté de l’information et contradictoire avec les obligations internationales de la Turquie. Elle contribue aussi à éloigner la possibilité d’une solution pacifique de la question kurde, et décrédibilise largement le rôle de modèle régional que la Turquie prétend assumer. »

Les journalistes  des médias kurdes, notamment du journal Özgür Gündem et de l’agence DIHA, ont comparu le 10 septembre devant la 14e chambre de la Cour d’assises spéciale d’Istanbul. Parmi les prévenus, 36 se trouvent en détention provisoire depuis le 20 décembre 2011. Ils sont essentiellement accusés de travailler sur ordre du KCK, lancée quelques semaines après le succès historique du parti kurde lors des élections municipales tenues en mars 2009. L'usage abusif de la loi anti-terroriste et la campagne de répression sous le nom d’ « opérations KCK » permettent au régime turc de museler tous ceux qui luttent pacifiquement pour les droits des Kurdes.

Selon l’acte d’accusation, basé uniquement sur des conversations téléphoniques entre les journalistes dans le cadre de leur métier et des poursuites techniques de la police, ces journalistes formeraient le « Comité des médias » au sein du KCK. La plupart sont inculpés d’« appartenance à une organisation illégale » ou à sa direction, pour leurs activités journalistiques.

« A l’appui de ces mises en cause, l’acte d’accusation d’environ 800 pages se fonde essentiellement sur les publications, les contacts et les conversations des journalistes » rappelle RSF,  « tout comme dans le dossier OdaTV, les journalistes se sont vus interroger sur la raison pour laquelle ils avaient décidé de couvrir tel ou tel événement, de parler avec telle ou telle source d’information » ajoute l’organisation. 

« De même, l’instruction procède par assimilation : contacter ou interviewer des militants pro-kurdes, y compris du parti légal BDP, est vu comme un crime en soi ; enquêter sur les exactions des forces de l’ordre (bavure mortelle de l’aviation turque, sévices infligés à des détenus, répression de manifestations…) découle forcément d’un ordre du KCK, dans le but de nuire aux autorités. Une partie du dossier reste secrète, en violation des droits de la défense.

Si ce procès est inédit depuis longtemps par son ampleur, il est loin d’être isolé. Les passages en jugement de professionnels des médias se succèdent chaque semaine, le plus souvent sur le fondement de la loi antiterroriste. 204 prévenus, dont le candidat au Prix Nobel de la Paix Ragip Zarakolu et trois autres journalistes, continueront à être jugés dans un autre volet de l’affaire KCK le 1er octobre. Le 13 septembre, un tribunal de Diyarbakir (Sud-Est) doit se prononcer sur la remise en liberté conditionnelle de Bedri Adanir (Hawar), incarcéré depuis janvier 2010. Le 18 septembre à Van (Est) s’ouvrira le procès de Murat Aydin (DIHA), emprisonné depuis octobre 2011 et accusé de « faire la propagande du PKK par voie de publication ».

82 journalistes en prison

RSF rappelle également le procès d’Ahmet Sik, Nedim Sener et des collaborateurs d’OdaTV qui se poursuivra le 14 septembre devant la 16e chambre de la cour d’assises d’Istanbul.

Selon la Plateforme de soutien aux journalistes emprisonnés (TGDP), 82 journalistes dont 13 rédacteurs en chef et directeurs étaient toujours derrière les barreaux, le 6 septembre 2012.

Lire aussi

Le rapport d’enquête de la FIDH sur la criminalisation des défenseurs des droits de l’homme : "Présumés coupables" (juin 2012)

44 journalistes devant un tribunal turc (Doğan Özgüden, rédacteur en chef d’Info-Türk)

Un journalisme maudit par le pouvoir politique (La Croix)

Soutien à Zeynep Kuray et aux journalistes jugés le 10 septembre ! (susam-sokak.fr)



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