20.04.2014
Les kurdes de Turquie passent à l’offensive « révolutionnaire »
2012-07-31 22:22:12
Yazdir

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) change de stratégie après les refus et la politique de répression du gouvernement turc contre toutes les revendications légitimes du peuple kurde, lançant son opération « révolutionnaire » afin d’obtenir une autonomie démocratique.

Menant une lutte contre Ankara depuis 30 ans, le mouvement kurde lance une nouvelle offensive pour une autonomie démocratique du peuple kurde.  Pour la première fois depuis les années 1990, l’organisation armée prend la contrôle d’une zone à l’intérieure de la frontière de la Turquie, soit au Kurdistan. 

Trois hélicoptères abattus

Les médias sous contrôle du régime gardent le silence et les autorités n’en parlent même pas.  Aucune déclaration convaincante, alors que la branche armée du mouvement HPG (Les forces de défense populaire) affirme avoir tué tues des dizaines de soldats et de commandos, ainsi qu’avoir abattu au moins trois hélicoptères depuis 22 juillet dans deux régions frontalières, Hakkari et Sirnak.

Les combattants PKK dont la moitié sont des femmes dressent régulièrement, presque chaque jour, des barrages pour contrôle d’identités,  enlèvent et libèrent ensuite les personnes qui travaillent pour la construction de postes militaires et la construction des barrages, considérée comme une politique de destruction visant la nature et l’histoire du Kurdistan. Le projet de construction de dizaines de barrages vise également fermer les points de passage des combattants kurdes. 

Cour de Justice du PKK

Le mouvement a aussi sa « Cour de Justice » pour juger ceux qui commettent des crimes au Kurdistan.  Parmi les personnes arrêtées par l’organisation figurent un maire AKP de Gurpinar, enlevé le 2 juillet, en représailles des arrestations massives visant les politiciens kurdes. Le gouvernement AKP garde toujours le silence, tout comme pour les soldats qui sont entre les mains du PKK depuis 2011. L’organisation n’a tué aucun de ses « prisonniers » affirmant qu’ils seront jugés équitablement. Elle affirme être contre la peine de mort. 

Le régime turc avait lancé une campagne de répression sans précédente en avril 2009, arrêtant des milliers de membres actifs du principal parti légal kurde BDP. Au moins 35 maires et six députés kurdes sont aujourd’hui derrière les barreaux.

L’AKP a échoué

En 2011, le mouvement kurde a déclaré sa « guerre révolutionnaire du peuple », une nouvelle stratégie pour résoudre le problème kurde. De son côté, le gouvernement AKP a d’abord tablé sur un scenario tamoul pour en finir avec le PKK, durant le même période. Apres quelques opérations militaires profitant de l’inaction des combattants pendant l’hiver dernier, le gouvernement avait même annoncé que l’organisation avait pris des coups sévères et qu’elle ne pourra plus se redresser. Malgré des campagnes de désinformation et de manipulation menées massivement en parallèle à une politique de répression sauvage, le parti légal BDP et le mouvement armé sont plus que jamais forts et déterminés. En bref, le régime AKP a échoué face à l’opposition kurde qui refuse de se soumettre.

Nouvelle offensive sans précédente du mouvement

La nouvelle offensive du mouvement armé, lancée le 22 juillet à Semdinli dans la région de Hakkari, a un toute autre caractère, car l’organisation a pris le contrôle d’une large zone dont Gediktepe et Tekeli, deux collines stratégiques. L’armée turque a déployé quelque 30 mille soldats et des forces paramilitaires sans succès. Le PKK affirme avoir tué plus de 100 soldats, en majorité des mercenaires, soit des soldats payants. La mort de ces soldats n’est pas communiquée, mais l'augmentation des morts suspects au sein de l’armée renforce les soupçons selon lesquels il s’agit des soldats tués dans les affrontements.

Un commandant de la branche armée du PKK, Kemal Garzan, affirme à l’agence de presse Firat que ce qui se passe à Semdinli est une nouvelle tactique : « C’est une opération révolutionnaire et il ne s’agit pas d’une action ordinaire. C’est une nouvelle tactique.  La guérilla a déjà lancé de grandes opérations avant de retourner aussitôt à leurs bases. Mais c’est différant à Semdinli. »

Des bombardements massifs

Selon HPG, ses combattants contrôlent la zone sans recul et repousse toutes les attaques de l’armée. Le 29 juillet, des dizaines d’avions ont bombardé massivement les zones de Gostê, Hecîbeg, Nêrkola, Ranya Pîrê, Genîştepe, Girê Karker et de Masîro. Des dizaines de milliers de soldats sont déployés et la zone a été interdite par les autorités pour les civils. Le maire BDP de  Semdinli, Sedat Tore, a affirmé que l’armée a forcé un millier de  villageois de quitter leurs maisons.  L’armée n’arrive toujours pas à entrer dans la zone par la voie terrestre, tandis que le mouvement affirme avoir abattu deux hélicoptères, le 24 et le 29 juillet.

Chaque jour depuis début de cette offensive, les militants du PKK dressent des barrages pour contrôle d’identité dans les zones sous leur contrôle. Le 30 juillet, des affrontements ont eu lieu à 1 km de Semdinli.

La Turquie est dans une impasse

Alors que le Moyen-Orient est en phase d’un changement, l’Etat turque, toujours basé sur une race unique, langue unique et drapeau unique, continue de réprimer toutes les revendications du peuple kurde.

Les frontières artificielles tracées sur la négation et la répression du peuple kurdes et des autres minorités originaires du Moyen-Orient ne tiennent plus. L’alliance antikurde entre la Turquie, l’Iran et la Syrie s’est effondré après le conflit syrien. Après l’Irak et la Syrie vient le tour d’Iran et celui de Turquie. Soit un changement radical reconnaissant les droits légitime du peuple kurde dans une véritable démocratie, soit une rupture.

En tout cas, la Turquie d’aujourd’hui et les autres régimes répressifs de la région ne pourront plus rester début pendant encore longtemps avec les mêmes mentalités. Les aspirations impériales néo-ottomanes du premier ministre Recep Tayyip Erdogan sont irréalisables. Enfoncés profondément dans le racisme et une arrogance stupide,  Erdogan et son clan n’ont toujours pas compris les changements au Moyen-Orient.

Une confédération moyen-orientale ?

Les kurdes sont aujourd’hui déterminés à construire leur autonomie démocratique dans le cadre d’une confédération moyen-orientale, un projet élaboré par le chef du PKK, Abdullah Ocalan, emprisonné en Turquie depuis 1999 sous une isolation totale. Le projet propose la mise en place d’un système "d’organisation confédérale de la société" par le biais de l’autonomie, rejetant le concept d’un État-Nation, considéré comme la source des problèmes depuis au moins cinq mille ans.  Pour Ocalan, une confédération démocratique, écologique et égalitaire en matière de rapports entre femmes et homme serait la meilleure solution pour que la région puisse retrouver sa vraie identité. 

Si les pays qui colonisent le Kurdistan continuent de refuser toute solution commune avec les kurdes, un Etat-Nation kurde peut s’imposer comme une solution.

Maxime Azadi



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