Un an après la déclaration historique du leader kurde Abdullah Ocalan, des millions de personnes se sont rassemblées à Diyarbakir pour écouter son nouveau message. Le leader kurde a affirmé que les deux parties se sont testées en menant un dialogue, mais un cadre légal est inévitable pour passer aux pourparlers.
Dans les quatre parties du Kurdistan (Iran, Irak, Turquie et Syrie) et à travers le monde, des millions de personnes fêtent le Newroz, nouvel an et jour de la renaissance pour les Kurdes. Cette année encore, le plus grand rassemblement avec la participation de deux millions de pesonnes, selons les observateurs, a eu lieu à Diyarbakir, capitale du Kurdistan de Turquie, soit le Kurdistan du Nord.
Et cette année encore, la ville de Diyarbakir a témoigné une journée historique, neuf jours avant les élections locales du 30 Mars lors desquelles le principal parti kurde BDP espère multiplier ses mairies, en promettant une autonomie démocratique, un "système d’auto-gouvernance" pour réduire le rôle de l’Etat central.
UN MESSAGE VIDEO DU CEMIL BAYIK : L’AKP EST UN OBSTACLE
Pour la première fois, le co-président du conseil exécutif de la KCK, système politique du PKK, Cemil Bayik, a envoyé un message vidéo. Il a affirmé que le gouvernement AKP n’a pas agi selon l’esprit du processus de paix, lancé il y a un an à l’initiative du leader kurde emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999.
« Le gouvernement a fait avorter le processus (de paix), l’a sacrifié pour gagner les élections » a-t-il dit. « Maintenant il s’est avéré qui est pour une solution démocratique du problème kurde et une véritable démocratie en Turquie »
Affirmant que le gouvernement AKP est le plus grand obstacle devant une solution, il a ajouté : « Pour arriver à une solution, il faut surmonter cet obstacle »
Pour lui, une alternative et une époque des peuples peuvent se réaliser avec un programme démocratique unissant des forces démocratiques en Turquie. Malgré les obstacles, « nous gardons l’espoir lors de ce Newroz. Notre espoir ne s’est jamais épuisé » a-t-il conclut, avant de demander la libération d’Ocalan et tous les autres prisonniers politiques, qui est impérative pour une solution au problème kurde.
OCALAN : LES PARTIES ONT PROUVE LEUR DETERMINATION
A 13h, le moment est venu pour la déclaration d’Ocalan, lu en kurde par Pervin Buldan et en turc par le Sirri Sureyya Onder, deux députés membres de la délégation qui rencontre Ocalan depuis plusieurs mois dans le cadre du processus de paix.
Soulignant sur la nécessité des réformes démocratiques constitutionnelles pour les relations turco-kurdes, il a dit : « Toutes les routes secondaires et les formes temporaires sont arrivées à leur terme. »
«Jusqu’ici, un dialogue a été mené et c’était important » a-t-il affirmé, en référence au processus de paix, lancé le 21 mars 2013. « Les deux parties ont testé leur bonne volonté, leur sincérité, et leur aptitude. Malgré l’attitude lente et unilatérale du gouvernement qui évite de tout cadre légal, les deux parties (kurdes et turques) ont prouvé leur détermination dans la recherche de la paix. Maintenant, un cadre légal pour la systématique des pourparlers est inévitable. »
NOUS N’AURONS PAS PEUR EN FAISANT LA PAIX
« La paix est plus difficile que la guerre mais chaque guerre a sa paix. Nous n’avons pas eu peur quand nous avons résisté, et nous n’aurons pas peur en faisant la paix »
Une semaine plus tôt, le 15 mars, l'Union des Communautés du Kurdistan (KCK) avait fait une déclaration importante, affirmant que le gouvernement AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan a perdu sa fonction politique et qu’il n’est plus un interlocuteur de ses appels.
En Mars 2013, M. Ocalan avait lancé le processus de paix, appelant le PKK à retirer ses combattants au Kurdistan irakien. Le retrait avait débuté le 8 mai, mais suspendu en septembre 2013 pour cause de l’inaction du gouvernement en vue de répondre aux revendications légitimes du peuple kurde.
Ocalan avait déclaré : « La phase de lutte armée laisse la place à une phase de politique démocratique. Commence un processus essentiellement politique, social et économique. Se développe une conception fondée sur l’égalité, les droits et les libertés.
(…) Il est temps que les armes se taisent. Nous sommes arrivés à un point où les idées et la politique doivent prévaloir. Le paradigme moderniste basé sur la négation et l’exclusion s'est effondré. Le sang qui coule est celui des peuples turc, laze, tcherkesse, kurde ; il coule des entrailles de ces terres.
Aujourd’hui, je prends pour témoins les millions de personnes qui m’écoutent : une nouvelle phase commence ; c’est désormais la politique qui prévaut et non les armes. Il est temps maintenant que nos éléments armés se retirent hors des frontières.”