La répression se poursuit sans relâche en Turquie
2013-01-04 16:16:30

Au moment où le gouvernement turc parle de pourparlers avec le leader kurde Abdullah Ocalan dans la prison d’Imrali, la police poursuit sa campagne d’arrestations, visant à étrangler le Parti pour la Paix et la démocratie (BDP), principal parti kurde légal. Plus de 50 personnes dont deux maires et de nombreux étudiants ont été mises en garde à vue au cours des 48 heures.

Dix neuf étudiants ont été arrêtés vendredi 4 janvier à Dersim lors d’une manifestation devant l’université. Des centaines d’étudiants sont aujourd’hui dans les geôles turques.

La police turque a arrêté au moins cinq responsables locaux du BDP de Dogubayazit, dans la province d’Agri. Parmi eux figurait le maire de la ville Canan Korkmaz. Tous les cinq ont été relâchés dans la journée. Le maire de Sirtkoy à Idil, dans la région de Sirnak, Nuri Akman, a également été placé en garde à vue, puis envoyé à la prison. Déja, plus de 30 maires kurdes sont en prison, ainsi que six députés, ce qui fait de la Turquie la plus grande prison du monde pour les élus.

Neuf autres Kurdes ont été arrêtés à Ceylanpinar, dans la province d’Urfa, lors d’une descente de la police, tandis qu’un ancien membre du conseil municipal de Yuksekova, dans la province d’Hakkari, a été arrêté à Sirnak.

Un travailleur de la mairie de Silopi a également été arrêté pour « propagande d’une organisation terroriste » et envoyé en prison.

A Mersin, un adolescent kurde de 16 ans a été placé en détention après avoir comparu devant un tribunal, sous l’accusation d’avoir participé à une manifestation « illégale ».

Jeudi 3 janvier, la police du régime AKP, parti au pouvoir, a mené des opérations dans deux villes, arrêtant douze personnes à Nusaybin, dans la province de Mardin, et trois autres à Siirt. En outre, trois lycéens ont été mis en garde à vue à Izmir, pour avoir distribué des tracts réclamant l’enseignement gratuit.

Le même jour, la justice turque a rendu un verdict très sévère dans le cadre du procès dit de KCK, du nom de l'Union des communautés kurdes, accusée d’être la branche urbaine du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). 55 personnes dont le député de BDP de Sirnak, Faysal Sariyildiz, qui figure parmi les 41 prévenus emprisonnées sont jugées dans ce dossier.

La sixième cour d'assises de Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie, a infligé des peines de trois mois à dix-sept ans de prison, soit une peine totale de 401 ans et 9 mois de prison à 40 militants kurdes, sous l’accusation « d’appartenance à une organisation terroriste ». Tous les condamnés sont originaires de la province de Sirnak. Ils avaient été arrêtés en 2009 lors d'un vaste coup de filet contre le parti légal kurde.

Le même jour, un tribunal d’Erzurum a condamné quatre politiciens kurdes, membres du BDP, à des peines de prison allant de deux ans et six mois à treize ans et six mois dans le cadre de l’affaire KCK. Arrêtés en juin 2012, ils sont condamnés pour « appartenance à une organisation terroriste ».

Depuis avril 2009, soit quelques semaines après le succès historique du parti kurde lors des élections municipales, plus de 8.000 personnes ont été emprisonnées dans le cadre du procès KCK.

Le KCK est le système politique du PKK qui a pour objectif d’établir un « confédéralisme démocratique » , proposé comme modèle pour résoudre le problème kurde au Moyen-Orient.

L'usage abusif de la loi anti-terroriste et la campagne de répression sous le nom d’« opérations KCK » permettent au régime turc de museler tous ceux qui luttent pacifiquement pour les droits des Kurdes. Chaque semaine, la police procède à de nouvelles arrestations arbitraires dans le cadre de l’affaire KCK, sans aucune preuve tangible.

Pour les dirigeants du BDP, les opérations de KCK ont pour objectif d’étrangler le parti kurde et conduire à sa fin, soit un coup d'Etat civil contre la démocratie.

Aux yeux de la justice turque, des objets comme des affiches, pancartes, livres, photos, keffieh, parapluies, citrons et œufs confisqués lors des raids policiers à la suite d’écoutes téléphoniques et de poursuites techniques, ainsi que des slogans, des déclarations à la presse ou toute forme d’opposition au gouvernement sont des preuves suffisantes à « l'appartenance à une organisation terroriste. »

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13/10/2013 01:30:15