Des dizaines de milliers de kurdes se sont rassemblés le 7 novembre sur les deux cotés de la frontière qui sépare le Kurdistan de Turquie des Kurdes syriens, pour protester contre le "mur de la honte", bâti par la Turquie face au Kurdistan syrien.
Plus de vingt mille personnes se sont réunies à Nusaybin, dans la province de Mardin, au Kurdistan de Turquie, tandis que des milliers d'autres ont manifesté à Qamishli, à l'autre coté de la frontière. "Vos frontières artificielles n'ont plus aucun sens" ont crié les manifestants.
'LES FRONTIERES SONT SUPPRIMEES'
"Tout le monde doit savoir que nous avons désormais supprimé les frontières qui nous séparent" a déclaré un responsable local du principal parti kurde BDP, devant la foule à Nusaybin.
"Si vous poursuivez la construction du mur, nous jurons que nous détruirons cette fois-ci les barbelés" a ajouté le co-président du BDP, Selahattin Demirtas, s'adressant au gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Le co-président du BDP a affirmé que les autorités turques n'ont ouvert jusqu'ici les frontières que pour les combattants des groupes affiliés à Al-Qaïda.
"Sans le soutien de la Turquie, du Qatar et de l'Arabie Saoudite, les bandes armées d'al-Qaïda et du front al Nosra ne pourraient même pas tenir trois jours (face aux combattants kurdes). Parce qu'ils n'ont pas un soutien populaire" a-t-il dit.
"C'est eux qui nourrissent ces bandes armées" a dit M. Demirtaş, dénonçant notamment le transport des armes dans ambulances turques et l'argent destinés aux "jihadistes" d'Al-Qaïda.
LA MAIRE KURDE A MIS FIN A SA GREVE DE LA FAIM
Par ailleurs, la maire kurde de Nusaybin Ayşe Gökkan a mis fin à sa grève de la faim qu'elle menait depuis neuf jours au milieu d'un champ de mines pour dénoncer le mur de la honte, après un "accord" avec les autorités turques qui auraient accepté de ne pas poursuivre la construction du "mur de la honte".
La construction du mur avait commencé en Septembre après que les Kurdes syriens ont chassé les "jihadistes" d'Al-Qaïda des villes kurdes, situées sur la frontalière avec la Turquie.
Le soutien de la Turquie aux groupes armés qui commettent des crimes contre l’humanité a été confirmé dans le rapport de l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, publié le 11 octobre. « Le Conseil de sécurité de l'ONU et les alliés de la Turquie devraient appeler tout particulièrement celle-ci à faire davantage pour vérifier qu'aucune arme ne transite par la Turquie pour être livrée à des groupes qui commettent des abus », avait souligné Human Rights Watch.
DEUX VILLES ET 42 VILLAGES LIBERES EN UNE SEMAINE
Malgré ce soutien massif, les jihadistes ont subi de lourdes défaites successives depuis qu’ils ont été chassés de la ville de Serêkaniyê (Rass al-Ain), le 16 juillet. Entre le 1er et le 5 novembre, deux villes et 38 villages ont été pris par des combattants kurdes dans la région de Serêkaniyê (Rass al-Aïn), sur la frontière avec la Turquie, tandis que quatre autres villages ont été libérés le 7 novembre dans la région de Tall Tamer, après des combats avec des groupes d'Al-Qaïda. Il s'agit du village assyrien Tal Shamiran et des villages de Mikhabish, Léïlan et Tolan.
Les premières opérations "révolutionnaires", lancées le 23 octobre, avaient notamment permis de libérer la ville de Tall Kocher, Al Yaroubia), située sur la frontière avec l'Irak et utilisée comme la principale base d'attaques contre les Kurdes. Il s'agit d'une ville stratégique pour briser l'embargo sur la région kurde, en entretenant des relations avec Bagdad, et empêcher les attaques jihadistes.
Le 29 octobre, les combattants kurdes ont réussi à chasser tous les groupes armés de Chil Agha et de la zone pétrolière de Rimalan, dans la région de Girkê Legê (al-Ma'bada).