Alors que l’Occident tourne l’attention de l’opinion publique vers les armes chimiques du régime syrien, l’armée turque est de nouveau accusée d’avoir utilisé ces armes chimiques contre les militants kurdes.
Le principal parti kurde BDP et les défenseurs des droits humains ont exprimé leur inquiétude dans ce sens après la vaste opération militaire du 31 décembre à Lice, dans le département de Diyarbakir, où 10 combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan, le PKK, auraient été tués. Les témoignages des habitants renforcent les soupçons.
« Nous sommes allés dans la zone bombardée où nous avons trouvé un refuge. Nous n’y avons trouvé aucune trace de sang. Cependant, il y avait une très mauvaise odeur. J’ai eu des maux de tête et j’ai vomi. La même odeur provenait de la grotte » a affirmé Veysi Nazlier, un habitant de la région, interviewé par le journal Özgür Gündem.
La co-présidente de BDP à Diyarbakir, Zübeyde Zümrüt, a dénoncé un « crime de guerre » si les armes chimiques sont utilisées. « Les odeurs provenant des vêtements du membres du HPG, branche armée du PKK, ne sont pas normales. Nous demandons une enquête sur une possible utilisation des armes chimiques » a-t-elle dit.
De leur côté, les autorités turques préfèrent de ne pas faire de déclaration sur les accusations de l’utilisation de ce type d’armes, une attitude habituelle lorsqu’il s’agit de crimes de guerre.
« Nous avons effectué des recherches sur place. Une odeur qui donnait envie de vomir était présente. Si des armes chimiques sont utilisées, ce serait un crime » a affirmé en outre Inan Kizilkaya, membre du conseil de BDP, lors d’une conférence de presse à Diyarbakir.
Cette opération a été menée après de plusieurs mois d’affrontements durant lesquels l’armée a subi de lourdes pertes face à la rébellion kurde.
La Turquie est pointée du doigt depuis longtemps par les organisations de la société civile pour l’utilisation des armes chimiques et des gaz toxiques contre le PKK. Pourtant, la Turquie figure parmi les pays qui ont signé et ratifié le traité international de désarmement (OIAC) qui interdit la mise au point, la fabrication, le stockage et l'usage des armes chimiques. OIAC, signée en 1993, a attiré 188 États parties depuis son entrée en vigueur en 1997.
Les associations des droits de l’homme et les organisations kurdes affirment que la Turquie n’a pas tenu ses engagements et a continué à utiliser des armes chimiques contre la guérilla kurde, commettant des horribles crimes de guerre.
Le dernier crime de guerre avec des armes chimiques ont été commis à Cukurca, dans la province de Hakkari, le 22 octobre 2011. Au moins 36 combattants du PKK ont trouvé la mort lors de cette opération. Leurs corps entièrement brulés ou mutilés étaient méconnaissables. Les survivants ont raconté qu'il n'y a eu aucun affrontement durant cette opération médiatique menée dans la « vallée de Kazan », parlant de bombardements et de gazages intensifs. Selon le PKK, il s’agissait d’un gaz toxique qui brulait la gorge et donnait un gout de fruits, celui d’une pomme. On ignore toujours la nature de ces gaz mais ces deux dernières années, l’armée turque fait souvent usage de ballons à gaz de différentes couleurs qui font évanouir, avant les opérations terrestres.
Au moins 473 guérillas kurdes ont été tuées par des armes chimiques lors des 40 opérations militaires menées par l'armée turque depuis 1994, selon un décompte de l’ActuKurde à partir des rapports de l’Association des droits de l’homme (IHD). La même association avait aussi élaboré une carte interactive sur laquelle figurent les lieux de 253 fosses communes où seraient enterrés environ 3248 corps humains dans une vingtaine de provinces kurdes.
L’armée turque continue également à utiliser des bombes à sous-munitions qui ont fait de nombreuses victimes, notamment lors des attaques contre le Kurdistan irakien sous prétexte de bombarder les bases du PKK. La Turquie refuse de signer le traité sur l’interdiction des bombes à sous-munitions (BASM), entré en vigueur le 1er août 2010 après la signature de 96 pays en décembre 2008.
La deuxième plus grande armée de l'OTAN utilise ces armes interdites et commet des crimes de guerres, sans être inquiété par la communauté internationale. Dupuis des années 1990, des milliers de civils ont été victimes des exécutions extrajudiciaires, exécutions sommaires, tortures et des bombardements.
Le 28 décembre 2011, les avions de guerre avaient bombardé le village de Roboski, sur la frontière avec le Kurdistan irakien, tuant 34 kurdes dont 19 mineurs. Le 21 aout 2011, sept membres d’une famille dont trois enfants avaient été tués par le raid aérien contre un village dans le Kurdistan irakien. En 2000, au moins 40 civils dont des femmes et des enfants ont été tués lors des bombardements contre le village de Kendakole, au Kurdistan irakien. En 1994, deux villages dans la région de Sirnak ont été bombardés en plein jour et une quarantaine de personnes ont perdu la vie.
Lire aussi:
-Jouets de la mort: bombes à sous-munitions de la Turquie
La Turquie accusée d'avoir utilisé des armes chimiques
Les kurdes appellent l’ONU à intervenir contre les crimes de guerre
Turquie : 437 militants kurdes tués par des armes chimiques en 17 ans