17.09.2014
Syrie : crise humanitaire et la politique visant à affamer les kurdes
2012-12-24 14:06:15
Yazdir

En Syrie, la guerre s’intensifie et la crise humanitaire s’approfondit.  Des millions de personnes souffrent de la faim. Les kurdes sont privés de l’aide humanitaire internationale, tandis que des groupes armés soutenus par la Turquie et l’Occident n’hésitent pas à mettre à sac les silos et à empêcher les aides destinées au peuple kurde. La colère gronde.

Selon les Nations Unies, cinq millions de Syriens auront besoin d’aide pendant les six premiers mois de 2013, ce qui pousse l’ONU à demander 1,5 milliard de dollars pour gérer l'aide aux Syriens en 2013.

La région riche et discriminé des kurdes

La Turquie et le Kurdistan irakien ont fermé les frontières aux kurdes de Syrie, alors que les «rebelles » sont libres de passer les postes-frontières turques, utilisés comme base arrière pour subvenir à leurs besoins.

Après la révolte lancée mi-mars 2011, les kurdes ont commencé à mettre en œuvre leur projet d’autonomie démocratique, restant à l’écart de cette guerre de pouvoir. Ignorés par les pays occidentaux,  les kurdes ont été les premières victimes du régime Baas, au pouvoir depuis quarante ans. Subissant une politique d’arabisation, leur région a été privée de tout développement économique, sans parler de l’interdiction de la langue et de la privation de nationalité syrienne de 300 000 Kurdes apatrides, un droit accordé après la révolte.

Le Kurdistan syrien ou Kurdistan occidental,  est une riche zone agricole grâce à un climat ni trop chaud en été ni trop froid en hiver. Les olives de la région d’Afrin peuvent nourrir toute la Syrie. La région assure la production de blé, maïs, orge, pois chiche, légumes, épices et charbon de bois.

La région est également riche en eaux,  en pétrole et en gaz. Les deux fleuves historiques, le Tigre et l'Euphrate, traversent cette partie du Kurdistan, tandis que les puits de pétrole et de gaz se concentrent dans la région de Djezira.

Politique économique désastreuse

Mais les kurdes ne pouvaient pas profiter de ces richesses en raison de la politique économique discriminatoire du régime Baas. Toutes les richesses de la région kurde ont été transférées vers des villes comme Damas et Alep pour l’exploitation. La région manque notamment d’usines, de raffineries et d’universités, ce qui a poussé les kurdes à l’immigration massive dans le cadre de la politique « ceinture arabe », mise en œuvre en 1962, pour expulser toute la population kurde de la région de Djazira (Cîzre en Kurde) le long de la frontière turque et la remplacer par des Arabes.

Face au conflit alimenté par des interventions des pays étrangers, les kurdes ont créé des conseils et des comités populaires afin d’organiser l’avenir et répondre aux besoins de la population. Malgré l’embargo et les attaques planifiées notamment par la Turquie, les kurdes ont accéléré les structures parallèles,  créant ainsi des coopératives dans des villages, livrant déjà quelques tracteurs pour l’usage commun et gérant les fours à pain pour un partage plus juste.

Affamer les kurdes est une politique délibérée

Cependant, les moyens sont limités même si cette région est plus avantageuse que les autres parties de la Syrie en raison de l’auto-gouvernance. Les aides internationales n’arrivent pas dans la région kurde. Elles sont destinées principalement aux habitants de Deraa, Hama et de Homs.  Les kurdes organisent eux-mêmes les aides humanitaires grâce à leurs frères au Kurdistan irakien et au Kurdistan de Turquie. Affamer les gens est une politique délibérée pour aggraver la situation afin de changer les orientations politiques de la population kurde.  

Outre les obstacles des frontières fermées, les attaques des « rebelles » contre ces besoins fondamentaux se sont multipliées. Le 20 décembre à Anissa, entre Raqqa et la région kurde, des groupes armés ont arrêté et vidé 70 véhicules contenant des aides humanitaires destinées aux kurdes.

Pillages par des groupes armés

Des cambriolages, des pillages et des attaques visant les silos et les fours à pain se sont multipliés. Pour certains groupes qui ont récemment lancé des attaques contre les kurdes à Rass al-Ain (Serekaniye en kurde), le pillage et le vol étaient légitimes. Il s’agit, pour eux, des butins de guerre. A part des crimes de guerre et des enlèvements de civils, plusieurs groupes liés à l’armée syrienne libre (ASL) sont impliqués dans ces activités déshonorantes, en se comportant comme «l’armée de Harami ».

L’Occident est aussi responsable de la crise humanitaire

L’armée syrienne libre n’est pas constituée d’un seul bloc. Plusieurs groupes liés à l’ASL, ainsi que des groupes salafistes sont manipulés, infiltrés, payés et armés  par les services secrets turcs. Malgré les tentatives de réorganisation de cette armée pour être crédible et légitime aux yeux de l’opinion publique, les choses se déroulent différemment sur place. Les pays occidentaux, la Turquie et les Monarchies du Golfe ont chacun « leurs groupes » à soutenir.

Aucun de ces groupes soutenus par ces pays ne parle de la démocratie comme objectif, alors que les gouvernements occidentaux et les médias attisent la guerre pour la chute du régime.

L’avenir du Moyen-Orient se joue en Syrie

Une véritable démocratie et un avenir libre en paix sont loin d’être leur souci principal, mais ils font partie des principales causes de la crise humanitaire avec l’appui de leurs  « petites armées » qui font honte à l’humanité sous prétexte de lutter pour un État démocratique. 

Une guerre de pouvoir se livre en Syrie. Une guerre criminelle et sauvage menée entre les forces régionales et mondiales. Même si la guerre est menée par des forces « internes »,  il s’agit d’une intervention étrangère, car  ce sont les Etats-Unis et l’Europe, ainsi que la Turquie et les Monarchies du Golfe qui soutiennent, financent et arment les « rebelles ». L'Iran, la Russie et la Chine sont élégamment impliqués dans cette guerre, faisant bloc face à l'Occident.

Pourtant, il y a une dynamique à l’intérieur du pays qui lutte pour la démocratie et la fraternité entre les peuples même si elle est ignorée.  Le réveil inattendu et fort des kurdes syriens s’impose déjà pour modifier ce processus au profit des peuples.  L’avenir du Moyen-Orient se joue en Syrie. C’est qui est sure : la guerre militaire et diplomatique s’intensifieront en 2013.

Par Maxime Azadi

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