Quelle solution pour les kurdes et le Moyen-Orient?
2012-12-09 14:23:59

Il faut le dire haut et fort, et sans aucune hésitation,  que les kurdes ont le droit d’avoir un Etat à eux, soit le grand Kurdistan, tout comme les autres peuples de notre planète.

Il faut également constater qu’aucune force ne peut empêcher le printemps kurde qui est déjà en cours depuis plusieurs années, malgré la répression sanglante et  le silence complice de la communauté internationale.  Avec le conflit syrien, l’arrivée des kurdes sur le devant de la scène de l’histoire est aujourd’hui irréversible.

Les kurdes de Turquie (Kurdistan du Nord) et ceux de Syrie (Kurdistan occidental) avaient déjà prévu les évènements d’aujourd’hui, ce qui a permis aux kurdes de mieux s’organiser avant la tempête. Le principal parti kurde PYD en Syrie a accepté le projet d’autonomie démocratique pour la région kurde, lors de son congrès tenu en 2007.  Ce projet est considéré comme une troisième voie pour sortir de la crise syrienne. Il peut être résumé :  «ni le régime Baas de Bachar al Assad, ni la solution violente imposé par l’Occident et les pays de la région, notamment la Turquie ».

Après le lancement de la révolte, mi-mars 2011, le projet de l’autonomie a été mis en œuvre au Kurdistan occidental avec notamment la création des conseils du peuple, l’organisation de la légitime défense, l’ouverture des écoles de langue, la création du système de co-présidence et de quota par sexe pour toute organisation afin de garantir l’égalité entre les femmes et hommes. Les kurdes ont su rester à l’écart de la violence, malgré les menaces quotidiennes de la Turquie, les provocations, les accusations injustes et sans fondement, le silence et la complicité des pays occidentaux.

Le plus important, le pacte anti-kurde entre l’Iran, la Turquie et la Syrie a été brisé après la révolte syrienne, transformée rapidement en un conflit armé.

Les kurdes d’Irak (Kurdistan du Sud) ont déjà une région semi-indépendante, avec une autre vision d’autonomie que celle des kurdes de Turquie et de Syrie. En Iran (Kurdistan oriental), les kurdes sont, comme en Syrie, les plus organisés. Le temps de cette partie du Kurdistan viendra aussi dans un avenir proche.

En Turquie, les kurdes mènent une lutte ininterrompue depuis 30 ans contre le régime répressif et négationniste. La république turque est elle-même créée sur la négation des autres cultures et peuples. Considérée comme principale source de non –résolution du problème kurde dans la région, cette structure totalitaire est intenable aujourd’hui. Elle est secouée et tente de se préserver, en vain.

NOVELLES FRONTIERES OU SANS FRONTIERE

Refusant toute solution pacifique et un partage égalitaire du pouvoir avec les kurdes, la Turquie cherche à changer le cours de l’histoire, ce qui, au contraire, précipite le pays vers une rupture avec le peuple kurde. Malgré les arrestations massives sans précédentes et une répression terrible contre toute forme d’opposition, les kurdes sont aujourd’hui plus que jamais forts et organisés.

Si une solution démocratique et négociée n’est pas trouvée pendant ce bouleversement de la région, le démembrement de la Turquie n’est pas exclu.  Aujourd’hui, la Turquie et les autres pays de la région doivent décider comment vivre avec les kurdes, car ils ne peuvent plus les dominer.  Soit une rupture, soit la reconnaissance des revendications des kurdes pour vivre ensemble dans des pays démocratiques et confédéraux.

Il faut rappeler que es frontières actuelles des pays de la région ont été dessinées par des pays occidentaux après la première guerre mondiale. Elles sont artificielles.  Le partage du Kurdistan intervienne aussi à cette époque-là. Aujourd’hui, les révoltes dites printemps arabes coïncident avec le printemps kurdes, ce qui supprimera les frontières actuelles à la fin de ce processus ou les rendra  insignifiantes.  La lutte démocratique du peuple kurde peut influencer ou même guider ces révoltes vers un véritable printemps des peuples au Moyen-Orient.

UNION CONFÉDÉRALE DU MOYEN-ORIENT

Revenons à la réponse que nous avons donnée au début. Oui, les kurdes ont le droit d’avoir un Etat. Mais là encore, une deuxième question s’impose : avoir un Etat peut-elle être une solution durable qui garantie la paix entre les peuples, alors que le système mondial étatique est dans une impasse et une crise profonde ?

Les kurdes proposent donc une Union Confédérale du Moyen-Orient. Le confédéralisme démocratique, élaboré par le chef du PKK, mouvement armé et populaire kurde,  est un type d’auto-administration, un paradigme social et non-étatique. Il est fondé sur la participation de la population.  Il considère que la démocratie au Moyen-Orient ne peut être imposée par le système capitaliste et ses puissances impériales, qui causent au contraire du tort à celle-ci.  Le confédéralisme démocratique est un mouvement antinationaliste et vise à accomplir le droit à l’autodéfense des peuples en contribuant à la progression de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan, mais aussi dans toute la région. Dans le cadre d’un tel projet comprenant toutes les nations, majoritaires ou minoritaires, la liberté des kurdes et la démocratisation de la société kurde signifieraient la liberté pour la société de l’ensemble de la région.

« Les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient ont leur origine dans la civilisation de classes. Ils ont été encore accentués par la crise mondiale de la modernité capitaliste. Cette modernité, et ses velléités de domination, ne peut offrir aucune solution –sans parler de perspectives à long-terme – pour la région du Moyen-Orient. Le confédéralisme démocratique est la voie du futur. »

Pour un meilleur avenir changeons d’abord l’histoire mal conçue, ce qui exige une lutte commune des peuples pour vivre ensemble dans la paix et sans frontière.

UN NOUVEAU MOYEN-ORIENT N'EST PAS UNE UTOPIE

Une confédération moyen-orientale n’est pas une utopie. Toutes les réalisations étaient utopiques avant d’être réalisées, tout comme la découverte du feu et l’internet. Sortir de l’obscurité du Moyen-Age était une utopie après tant de guerres. Pour Saddam Hossein, la fin de son règne était utopique. Kadhafi n’aurait jamais imaginé un tel sort, soit un lynchage cruel devant les yeux du monde entier.  Pour la Turquie, le réveil des kurdes étaient une utopie, après tant de massacre et de tortures. De la révolution française aux printemps arabes et kurdes, tout était utopique. Le capitalisme nous fait croire qu’un autre monde, un autre système et une autre vie ne sont que des rêves irréalisables, pour faire croire qu’il est la seule voie légitime. Non, il faut détruire ces illusions.

Maxime Azadi

Contribution au débat "Les Kurdes ont-ils droit à un État ?" lancé sur newsring.fr

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20/08/2017 15:42:12