21.04.2014
Le grand retour des kurdes
2012-07-27 11:36:22
Yazdir

Les frontières artificielles du Moyen-Orient, dessinées après la Première Guerre Mondiale  par les empires colonialistes de l’époque dont la France et la Royaume-Uni se modifient. Malgré les massacres, le génocide politique et culturel et les menaces quotidiennes, les kurdes arrivent aujourd’hui sur le devant de la scène de l’histoire.

Le Kurdistan syrien ou Kurdistan Occidental selon la définition du peuple kurde a toujours été une base arrière pour les mouvements de résistance et des intellectuels kurdes depuis le partage de leur terre historique entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran. Ce partage colonialiste n’était possible qu’avec  le rôle du Royaume-Uni et de la France.  Donc le problème kurde est aussi celui de la France et du Royaume-Uni.

Après la révolte lancée mi-mars 2011 en Syrie, les kurdes ont refusé de se lancer dans une guerre menée entre les groupes armés et politiques formés et soutenus par l’Occident et le trio Qatar-Turquie-Arabie Saoudite,  et le régime Assad. Leçon de l’histoire ! En 2004, plus de 30 kurdes avaient été massacrés à Qamishli, la plus grande ville kurde en Syrie, devant les yeux du monde entier. Les « opposants » d’aujourd’hui étaient alors les fonctionnaires du régime. Aujourd’hui, ces opposants refusent toujours les droits légitimes du peuple kurdes.

Créé en 2003, le principal parti kurde PYD (Parti de l’Union Démocratique) travaille  depuis quatre ans sur un projet d’autonomie pour la Syrie, soit une autogestion démocratique pour tout le pays. A partir de mars 2011, les kurdes ont lancé la construction de leur autonomie démocratique, en ouvrant à l’initiative du PYD des écoles de langue, interdits jusqu'à la révolte, changeant les nomes des villes et des villages arabisés, créant des communes, des conseils du peuple et des comités de légitime défense pour protéger la population.

 La population kurde syrienne est estimée à environ 3,5 millions, soit 15 % de la population du pays, dont un demi-million à Damas et 600.000 à Alep.

Les kurdes sont aujourd’hui les plus organisés et les seuls ayant un projet concret pour la Syrie. Conscients des tentatives de déstabilisation et de division visant le Kurdistan syrien, les principales formations kurdes, le Conseil du Peuple du Kurdistan Occidental qui regroupe plusieurs partis kurdes dont le PYD et le Congrès national kurde syrien (CNK), deuxième formation, ont décidé d’unir leur force au sein d'un seul et même bloc après des discussions menées au Kurdistan irakien entre le 9 et 10 juillet. L’accort avait été signé en présence de président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani.

La prise de contrôle du Kurdistan syrien

Après une longue préparation et attente, les kurdes ont lancé le 19 juillet un assaut contre toutes les institutions du régime Baas, au pouvoir depuis 40 ans, prenant le contrôle de quatre villes,  Kobani, Efrin, Derka Hamko et Amude.

Le 20 juillet, la création des Unités de défense populaire (YPG) a été annoncée. « Notre principal but est de défendre les intérêts nationaux du peuple Kurde. Nous annonçons à notre peuple que nous sommes en mesure de protéger toute la région » a déclaré YPG dans un communiqué.

Au lendemain, le mouvement de la société démocratique du Kurdistan Occidental (TEV-DEM), une organisation qui chapeaute les principales formations kurdes syriennes dont le plus influant PYD, appelle de son coté  les arabes, arméniens, assyro-chaldéens à se ranger du coté du peuple kurde. Le mouvement promet de protéger ces peuples, sans distinction, affirmant soutenir un pays uni et démocratique où les peuples vivent ensembles.

Le 25 juillet, les kurdes syriens ont annoncé la création du Conseil suprême kurde qui représentera désormais le peuple aux niveaux national et international.

Affrontements entre les forces du régime et kurdes

Le 26 juillet, les forces du régime Assad ont attaqué les activistes kurdes dans le quartier de Tariq Aldab à Alep, tuant trois personnes et blessant 11 autres, alors qu’ils s’étaient rendu sur place pour apporter des vivres aux familles kurdes fuyant les combats. En représailles, les militants kurdes ont mené une attaque contre les forces de l’ordre dans le quartier de Sakan Shababi à Alep, situé entre deux quartiers kurdes, Ashrafia et Sheikh Maqsoud.   Les unités de défense populaire ont annoncé avoir tué six membres des forces de l’ordre syriennes et ont menacé de nouvelles représailles en cas d’attaques syriennes contre le peuple kurde.

Les menaces ouvertes du régime turc

La marche vers une autonomie démocratique du peuple kurde et ses acquits ont été, comme prévue, les prétextes des menaces lancées par le régime répressif turc. Refusant toutes les revendications légitimes du peuple kurde en Turquie, le régime veut les réprimer où qu’ils soient, même sur la lune.

Le 26 juillet, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié la mobilisation des kurdes syriens de « terrorisme » et a menacé d’intervenir. « C'est d'ailleurs ce que nous avons fait et continuons de faire en Irak. Si nous lançons de temps à autres des frappes aériennes contre les zones des terroristes, c'est qu'il s'agit de mesures prises par nécessité de défense », dit-il, mais ne parle pas de massacres commis par ces frappes aériennes. Il ne dit pas aussi que cette politique antikurde n’a fait que renforcer les revendications due ce peuple. Le régime turc bombarde régulièrement les régions sous contrôle du PKK dans le nord d’Irak, soit au Kurdistan du Sud, sans aucune réussite.

« Il y aura forcément une réponse de notre part à cette attitude », a-t-il ajouté, lors d'une conférence de presse avant de se rendre à Londres, évoquant  l'éventualité de la création d'une zone tampon en territoire syrien sous prétexte de contrer le PKK. « Cela fait partie des alternatives. Une zone de sécurité, une zone tampon, tout cela fait partie des alternatives que nous avons face à ces camps (du PKK) »,  dit-il.

Les paramilitaires d’Erdogan

Le régime turc a également mobilisé ses paramilitaires et complices pour arrêter la marche kurde. Le 23 juillet, Abdel Basset Sayda, le chef du Conseil national syrien (CNS), formé à Istanbul avait affirmé que « le régime syrien a confié cette région au PKK ou au PYD et s'est retiré ». Sans aucun soutien du peuple kurde, ce dirigeant du CNS n’hésite pas à dire que les kurdes ne sont pas aux côtés du PYD mais du CNS.

De son coté, un membre d’un groupe paramilitaire du régime turc basé à Antakya, Ubed Muse, réclament des armes pour combattre PKK, affirmant à l’AFP: « Si seulement nous pouvions avoir un soutien en armes de la Turquie. » Il est à la tête d'un groupe de 45 hommes et il n’a pas honte de parler d’élimination d’un mouvement qui lutte pour les droits légitimes du peuple kurde.  Il faut lui rappeler que « son maitre-chien », la Turquie, 2eme grande armée de l’Otan, n’arrive pas à détruire le PKK depuis 30 ans, même avec le soutien économique, diplomatique, militaire de l’Occident.

Le 26 juillet, Ankara a reçu le général Manaf Tlas, membre du premier cercle du pouvoir syrien détecté. Il est considéré par les turcs comme le future chef du gouvernement syrien. En bref, Ankara fait tout pour réprimer les aspirations kurdes, comptant sur ses complices.

L’intervention de la Turquie serait une folie

Sur la place, les choses sont différentes.  Le chef du parti kurde syrien PYD, Salih Moslim, a démenti les menaces qui seraient venues de l’ASL contre les kurdes selon medias turcs.  « Au contraire, elle manifeste de la sympathie envers notre lutte » dit-il à l’ActuKurde et à l’agence de presse kurde Firat.

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui reçoit le soutien des millions de kurdes tant au Kurdistan qu’à la diaspora  a averti la Turquie après les menaces d’Erdogan : « Les kurdes se mobiliseront partout contre l’Etat Turc, en cas d’intervention contre les kurdes syriens. »

Exprimant sa solidarité aux kurdes syriens, l’organisation affirme que les kurdes de Turquie ne resteront pas les bras-croisés face à une telle agression du régime AKP, parti au pouvoir depuis 2002, qualifiant l’attitude d’Erdogan de « racisme profond » et de « chauvinisme » à l’égard du peuple kurde.

Soit une autonomie ou chaos et rupture !

La politique antikurde du régime turc n’amènera qu’à l’éclatement de la Turquie, suivant l’exemple de l’Irak et de la Syrie. Ces régimes basés sur unique race ou religions sont voués à l’échec. Le mouvement kurde propose une confédération démocratique et écologique du Moyen-Orient pour la résolution des problèmes ethniques et religieux.

Les kurdes, le plus grande peuple sans Etat au Monde avec une population estimée à 40 million, n’acceptent plus de vivre sans statut. Soit une autonomie démocratique pour tous les composants de ces pays dans un système fédérale ou confédérale, soit une rupture totale !  Les massacres et les menaces ne feront pas reculer la marche du peuple. La politique de violence et de négation s’est effondrée. Les frontières artificielles ne sont plus tenables.  Une nouvelle approche de la Turquie est nécessaire car l’alliance antikurde entre l’Iran, la Syrie et la Turquie s’est aussi effondrée.  La poursuite de la même politique ne conduira qu’au chaos qui fera perdre la Turquie.

Maxime Azadi





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