21.04.2014
Le rêve d'Erdogan et cauchemar de la Turquie : Système présidentiel
2012-05-09 10:08:12
Yazdir

Après avoir déclaré « Nous n’avons pas dit une langue unique mais une nation unique, un drapeau unique et une religion unique », le premier ministre turc a enfin donné le feu vert pour le système présidentiel tant rêvé ! La réécriture de la nouvelle Constitution avec les mêmes lignes rouges est-elle pour objectif d’établir un système présidentiel? Quels sont les dangers de ce système qui pourrait être une solution dans d’autres circonstances?

Quel est le vrai Erdogan ? Croire à celui qui parle de « tolérance », de « zéro problème » et de « démocratie avancée » ou à celui qui installe un régime répressif qui traque tous les opposants sans relâche, qui parle de façon agressive et ultranationaliste et qui déteste la liberté d’expression et de la presse ?

Système présidentiel sous un régime répressif ?

Au moment où le parlement turc s'était lancé dans la rédaction d'une nouvelle Constitution, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a donné son feu vert au système présidentiel. «Le processus de la réécriture de la nouvelle constitution a commencé. Il peut être discuté pendant ce processus » a-t-il dit le 7 mai.

Un jour plus tard, le 8 mai, quelque 50 kurdes ont été arrêtés dans au moins neuf villes, ce qui indique dans quelles conditions le parlement turc tente de réécrire une nouvelle constitution censée civile pour remplacer celle héritée de la junte militaire de 1980. Il ne passe pas une semaine sans arrestations massives des opposants, notamment les kurdes.

L’ampleur de la répression révèle un État policier qui utilise les moyens sauvages pour réprimer toute voix discordante, en visant les syndicalistes, les femmes activistes, les enfants, les journalistes, les élus kurdes, les intellectuels, les étudiants et les défenseurs des droits de l’homme.

Selon le rapport annuel de l'Association des droits de l’Homme (IHD), les violations des droits de l’homme ont atteint un niveau record en Turquie au cours de l’année 2011, avec plus de 12.600 arrestations et 3.252 cas de torture et de mauvais traitement, soit cinq fois plus que 2007. L’association dénonce l’institutionnalisation de l’État policier.

Première question : est-il légitime de faire une « nouvelle constitution » dans ces conditions ?

Le vrai visage du premier ministre était connu depuis longtemps, mais ce gouvernement compte toujours sur le soutien des gouvernements occidentaux. «Nous n’avons pas dit une langue unique mais une nation unique, un drapeau unique et une religion unique » a-t-il dit le 5 mai à Adana. Il mentait, car il a déclaré plusieurs fois que la « la langue unique » était une ligne rouge, refusant de reconnaitre officiellement la langue kurde.

Cependant, il a ajouté une nouvelle ligne rouge, celle de « religion unique ». Il avait déjà formulé sans cesse les autres lignes rouges du régime turc en prononçant le slogan : « Une nation unique, une patrie unique, une langue unique et un drapeau unique ».

Quelle est la différence entre la mentalité d’Erdogan et le régime kémaliste ou les loups gris ? Toujours un État intouchable et négationniste dans version verte! Si ce n’est pas le régime kémaliste, il serait un État sunnite, le courant religieux majoritaire de l'islam. En tout cas, cette formulation était un projet des Jeunes Turcs qui ont planifié le génocide arménien et mis en œuvre la turquification de l'Anatolie.

Deuxième question : Une nouvelle constitution peut-elle être considérée comme « nouvelle » sans avoir abandonné ses lignes rouges ?

L’intention du régime Erdogan est-il la réécriture d’une nouvelle constitution afin de répondre aux vrais besoins d’une société démocratique en résolvant notamment la question kurde, ou d’établir un régime présidentiel qui ne ressemblerait pas aux autres modèles ? Ce qui est certain, c’est ce qu’on ne peut pas résoudre les problèmes actuels et historiques de la Turquie en gardant les lignes rouges d’Erdogan si ce n’est pas pour renforcer la nouvelle hégémonie répressive afin de compléter celle de l’ancienne.

Regardant les pratiques du gouvernement AKP, parti du premier ministre, au cours des dix dernières années, on peut clairement conclure que l’établissement d’un système présidentiel sous ce régime est dangereux, alors qu’il pourrait être une solution dans d’autres circonstances, sur une véritable base de décentralisation. Mais l’ombre de doute est énorme : des attitudes dictatoriales d’Erdogan pourraient prendre la forme d’un régime dictateur.

Troisième question : l’AKP et Erdogan sont-ils capables de faire une véritable constitution civile avec leur mentalité liberticide, anti-sociale, anti-pluralisme et anti-kurde dans sa vraie nature?

Maxime Azadi

 



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