Le service de renseignement intérieur français devrait renforcer le contrôle de la mouvance « indépendantiste » kurde en France, après le rapprochement entre Paris et Ankara contre le régime syrien, selon l’Intelligence Online.
La France de Sarkozy qui continue de se prétendre défendre la liberté des peuples, se montre « pleinement solidaires » des violations flagrantes des droits humains en Turquie. Pour ces deux pays, la crise syrienne a été une nouvelle occasion pour renforcer la répression contre les kurdes.
Selon Intelligence Online, une publication professionnelle consacrée aux services de renseignement d'État et aux questions d'intelligence économique, « Paris et Ankara coordonnent leur action diplomatique sur la crise syrienne, et étudient ensemble l'éventualité d'un soutien à l'Armée syrienne libre, qui opère depuis le territoire turc. »
Cependant, ces « opposants syriens » reçoivent déjà le soutien actif de la Turquie et de la France. Plusieurs officiers de l'Armée syrienne libre (ASL) dont les chefs se trouvent en Turquie, le Conseil National syrien (CNS) est aussi formé à Istanbul. Des armes ont été livrées clandestinement aux opposants, rapportent plusieurs sources concordantes.
Le Canard enchaîné a également révélé dans son édition du 23 novembre que des officiers de la DGSE, le service de contre-espionnage français, ont été envoyés au nord du Liban et en Turquie avec pour mission d’instruire et de structurer les « contingents » de l’Armée syrienne libre. « Plusieurs membres du service Action de la DGSE et le Commandement des opérations spéciales (COS) sont déjà prêts en Turquie, s’ils en reçoivent l’ordre, à former ces déserteurs à la guérilla urbaine» avait dit un officier de haut rang de la Direction du renseignement militaire, tout en indiquant que ce sont les Français et les Britanniques qui ont pris l’initiative de rencontrer les responsables de l’ASL.
Ankara et Paris se rapprochent, les kurdes paient le prix
Comme toujours, tout rapprochement franco-turc, quel que soit le motif, se solde par la répression contre les kurdes.
Selon Intelligence Online, le gouvernement français devrait renforcer le control de la mouvance kurde, après que Paris et Ankara ont décidé de coordonner leur action sur la crise syrienne. « Ce rapprochement a permis à la Turquie d'obtenir un soutien accru de Paris contre les indépendantistes kurde du PKK. Huit fonctionnaires de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) étaient le mois dernier à Ankara pour rencontrer les responsables de la branche renseignement de la police turque, désormais en charge des opérations contre le PKK. Dans les prochains mois, le service de renseignement intérieur français devrait renforcer le contrôle de la mouvance indépendantiste kurde en France : ces deux dernières années, 70 arrestations ont été effectuées, et dix militants sont actuellement incarcérés. En juin, trois cadres importants du PKK ont été arrêtés à Arnouville, dans le Val-d'Oise, et à Evry, suscitant d'importantes manifestations de la communauté kurde dans ces deux villes. »
La preuve : Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé le 2 novembre des peines avec sursis allant d'un an à 5 ans, à l'encontre de 17 kurdes jugés pour des faits liés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui lutte depuis 30 ans pour les droits légitimes du peuple kurde. Relaxant le 18ème prévenu, tribunal correctionnel de Paris prononcé la dissolution du centre culturel kurde, qui comparaissait en tant que personne morale. Le procès de ces 18 personnes qui avaient été interpellées en région parisienne et en Bretagne février 2007, avait débuté le 20 juin et prit fin en juillet.
Selon un décompte du Réseau d’informations libres de la Mésopotamie (ActuKurde), au moins 51 kurdes ont été arrêtés en France depuis dépit début de l'année 2011 pour des motifs politiques, atteignant déjà exactement le même niveau d’arrestations de l'année 2010. Ces chiffres portent à 186 le nombre d'arrestations depuis 2006. Aujourd'hui, seulement douze d'entre eux sont toujours en détention.
Juppé « pleinement solidaires » des pratiques fascisantes
Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé s’était déclaré « pleinement solidaires » de l’action de la Turquie dans la « sale guerre » contre les kurdes, sous forme de lutter contre le « terrorisme », lors de sa visite à Ankara, le 18 novembre. « Nous sommes pleinement solidaires de l’action de la Turquie dans la lutte contre le terrorisme et nous soutenons ces efforts » avait-t-il affirmé.
Le 7 octobre, un accord anti-kurde avait été signé entre la France et la Turquie contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), lors de la visite du ministre français de l'Intérieur Claude Guéant à Ankara. L’accort prévoit l'engagement des deux pays dans une "coopération opérationnelle de lutte contre le terrorisme", avait indiqué M. Guéant. Il devrait permettre aux forces de sécurité turques et françaises de mener une lutte commune sur le terrain, avait ajouté le ministre français qui affirmait sa « détermination totale » et « indéfectible » aux côtés de la Turquie contre le PKK.
Au moment où la France était « pleinement solidaires » des pratiques fascisantes de la Turquie contre les kurdes, la police turque menait des arrestations massives à travers le pays pour réduire au silence toute opposition.
Avec le soutien actif des pays occidentaux, la Turquie est devenue la plus grande prison du monde pour les avocats avec au moins 33, pour les journalistes avec plus de 70, loin devant la Chine et l’Iran, les syndicalistes avec une quarantaine, les étudiants avec 500, les enfants avec des centaines et les élus dont 18 maires et 8 députés.