17.04.2014
A qui profite l'attentat d’Antep ?
2012-08-24 12:44:21
Yazdir

Les autorités turques et les médias mainstraim ont accusé le PKK d'être à l'origine de l'attentat commis le 20 aout à Antep, sans aucune enquête. Tous les membres du gouvernement étaient présents aux funérailles, alors qu’ils étaient tous absents à celles de 34 civils kurdes, tués dans le bombardement du 28 décembre 2011. « Cet attentat a servi au gouvernement AKP » a déclaré PKK, condamnant fermement l’attentat.

Dans un communiqué publié vendredi 24 aout, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a condamné fermement l’attentat d’Antep et a présenté ses condoléances aux familles des victimes. Neuf personnes ont été tuées et plus de 60 autres ont été blessées dans l’attentat à la voiture piégée près d’un commissariat.

L’attentat a servi au gouvernement AKP

“Qui que ce soit derrière cet attentat, les conséquences sont claires. Cet événement a servi au gouvernement AKP qui mène une guerre (contre le peuple kurde) » a déclaré l’organisation.

« L’AKP ne pourra pas se laver de ces crimes de guerre en profitant de l’attentat provocatif d’Antep comme une bouée de sauvetage » affirmé l’organisation, rappelant le bombardement par l’armée du 28 décembre 2011 qui a tué 34 civils kurdes à Uludere, dans la région de Sirnak.

En plaçant le PKK dans l’axe irano-syrien après l’attentat d’Antep, « le gouvernement AKP compte mettre le mouvement de la libération du Kurdistan dans la ligne de mire des forces internationales à l’extérieur, et veut faire le mouvement une cible des milieux nationalistes-chauvins à l’intérieur » a ajouté l’organisation.

Le 21 aout, la branche armée du PKK, les Forces de défense populaire (HPG), avait également démenti toute implication dans l’attentat. « « Nos forces n’ont rien à voir avec cette explosion. L’opinion publique sait bien que nos forces ne mènent pas des attaques contre des civils » avait déclaré HPG dans un communiqué.

Après l’attentat, les autorités et les médias mainstraim ont rapidement accusé le PKK, lançant une campagne de lynchage organisé contre le principal parti kurde légal BDP qui avait aussi condamné l’attentat, survenu dans un quartier majoritairement kurde.

Huit bâtiments du parti kurde attaqués

En trois jours, entre le 20 et le 23 aout, huit bâtiments du principal parti kurde BDP ont été attaqués par des nationalistes turcs. Les attaques ont eu lieu à Antep, à Istanbul, à Kocaeli, à Canakkale et à Izmir. Ces attaques racistes visant les kurdes sont encouragées par les autorités qui pointent systématiquement du doigt le BDP. Les nationalistes tucs profitent d’une totale impunité dans ce pays où les discours antikurdes et racistes sont considérés comme “patriotisme”. Les kurdes sont souvent victimes des lynchages collectifs. 

Le co-président du BDP Selahattin Demirtas a averti jeudi 23 aout: « Si un conflit ethnique n’éclate pas dans ce pays, c’est grâce à BDP et au peuple Kurde. Je m’adresse à ceux qui brulent nos bâtiments : sans ces bâtiments, vous ne trouverez personne défendant la paix dans ce pays. Si la police n’est pas en mesure de protéger nos bâtiments, si le gouvernement AKP ne peut pas les protéger, alors ce sera nous et notre peuple. Chaque peuple a le droit de la légitime défense. Ceux qui brulent nos bâtiments  devraient en subir les conséquences. Je lance un avertissement clair. Le BDP n’est pas un mouton à sacrifier. Nos locaux se défendront et nous ne serons pas tenus responsables des éventuelles conséquences »

Pourquoi cette précipitation ?

Tous les hauts responsables de l’État dont le président Abdullah Gul et le premier ministre Recep Tayyip Erdogan étaient présents aux funérailles des victimes d’attentats. Ils étaient tous absents aux funérailles de 34 kurdes dont 19 enfants massacrés par l’armée dans le village de Roboski, à Uludere.   

Pourquoi cette précipitation et accusation rapide ? Huit mois ont passé sur le massacre de Roboski, sans aucun jugement, ni accusation contre quiconque, tandis que les mêmes autorités et medias ont « trouvé » l’auteur de l’attentat d’Antep en cinq minute ! Hallucinant ! Que se cache-t-il derrière cette rapidité ?

Pour Henri Barkey, spécialiste de la question kurde, professeur à Lehigh University, interrogé par l’Express, « il est choquant que les autorités accusent le PKK avant même qu'un début d'enquête ait commencé.»

«Ce n'est pas la première fois que l'on tente d'attribuer au PKK un attentat que celui-ci rejette. Ces dernières années, quand le PKK a commis des attaques contre des civils, il les a assumées, y compris quand il les a regrettées et a présenté des excuses aux victimes », rappelle de son coté Hamit Bozarslan, politologue, spécialiste du de la question kurde en Turquie.

L’offensive du PKK se poursuit

Par ailleurs, le PKK poursuit son offensive “révolutionnaire” pour une autonomie démocratique. Une vaste zone est sous contrôle du PKK depuis 23 juillet à Semdinli et depuis 4 aout à Cukurca, dans la région de Hakkari, une première depuis début de l’insurrection kurde. La guérilla a pris le contrôle d’une autre zone près de la ville de Hakkari, après avoir lancé le 16 aout un assaut d’envergure contre plusieurs postes des forces de l’ordre. L’armée n’arrive toujours pas à pénétrer dans ces zones par voie terrestre.

De violents affrontements ont éclaté jeudi soir entre les combattants du PKK et l’armée turque dans le centre de Semdinli. Le PKK a lancé à 20 heures des attaques simultanées contre le commissariat, la sous-préfecture, la gendarmerie et le commandement de la brigade de Semdinli.  Les bâtiments de sécurité et du commandement du régiment, situés à l’intérieur du bataillon de commandos ont pris le feu. Au lendemain de cette offensive, la guérilla kurde a écoré attaqué la gendarmerie de Semdinli. L’attaque a été lancée vendredi 24 aout vers midi.

Le lourd bilan des affrontements sont cachés par les autorités. Des dizaines de soldats ont été tués dans cette région ces dernières semaines, selon le PKK et des sources locales. Les troupes spéciales turques sont composées de soldats et de polices payants, soit des mercenaires comme en Irak ou pendant la guerre du Vietnam. Ces soldats ne trouvent même pas de places dans les statistiques, car c’est ainsi qu’exige leur contrat. Ils ne sont que des morts sous contrat, une pratique de sale guerre, de Vietnam au Kurdistan. Beaucoup de soldats tués dans des combats sont annoncés comme victimes du suicide ou de l’accident, après un certain temps.



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