18.04.2014
La guérilla kurde paralyse le fonctionnement de l’État
2012-08-13 13:56:50
Yazdir

La prise de contrôle de plusieurs zones qui rend insignifiant les frontières, des enlèvements et destruction des chantiers pour bloquer les travaux de construction des postes militaires et des barrages. Une nouvelle stratégie qui paralyse le fonctionnement de l’État au Kurdistan dans le cadre d’un projet de l’autonomie démocratique et écologique, réclamée par le mouvement kurde.

Les autorités turques cachent et manipulent l’information, les médias nationaux continuent d’obéir leur maitre et les médias internationaux se contentent souvent de déclarations officielles, en rapportant de fausses informations à l’opinion publique mondiale.

Les journalistes intimidés

Les journalistes kurdes se font arrêter, tandis les autres qui osent toujours critiquer la politique répressive du gouvernement se font virer.  Le 10 aout, le journal Aksam a viré six journalistes et écrivains dont Serdar Akinan. Ce dernier avait été menacé par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui avait récemment affirmé : « Nous notons ces articles. »

Le 13 aout, l’écrivain connu du journal Radikal, Yildirim Turker, a quitté son journal pour protester contre la censure de son dernier article, intitulé « Stratejistler, Gazeteciler, Devlet Kaynaklar » (Les stratégistes, les journalistes,les sources étatiques). 

Alors que le régime AKP, parti au pouvoir depuis 2002, a transformé le pays en plus grande prison du monde pour les journalistes, les médias internationaux font toujours de la propagande de cette politique répressive visant le peuple kurde et tous les opposants. La diffusion de fausses informations contribue à la politique répressif du régime et complique la compréhension du problème kurde, entouré déjà d’une vaste campagne de manipulations.

Une guerre de moyenne intensité

Que se passe-t-il au Kurdistan ? Sans parler de Kurdistan irakien et de Kurdistan syrien, la situation actuelle de la guerre entre l’Etat turc et le PKK doit être clarifiée.  Pour l’un des commandants de la branche armée du PKK, les Forces de défense populaire (HPG), il s’agit d’une « guerre de moyenne intensité. »

Le mouvement a lancé le 23 juillet ses opérations « révolutionnaires » pour une autonomie démocratique au Kurdistan du Nord, soit sud-est de la Turquie. L’armée n’arrive toujours pas à pénétrer par voie terrestre dans les zones sous contrôle du PKK à Semdinli depuis 23 juillet. Le mouvement a également pris le contrôle de plusieurs zones à Cukurca, toujours dans la région de Hakkari, depuis 4 aout. Les autorités ont annoncé avoir terminé les opérations militaires dans la région de Semdinli. En réalité, l’armée ne pouvait pas mener des opérations terrestres et elle a du abandonner le 9 aout tous ses barrages routiers sur la route de Semdinli-Yuksekova. Deux jours plus tard, le 11 août, l’armée s’est retirée également de toutes les postes de garde et des positions entre Hakkari et Cukurca, ce qui confirme la prise de contrôle de la région par le PKK.

En outre, l’organisation a intensifié ses opérations d’arrestations et de destruction des véhicules travaillant pour les chantiers militaires. Au moins 80 personnes dont des militaires, des gardians de village, des entrepreneurs, des maires AKP et un député CHP, parti kémaliste, ont été arrêtés par la guérilla entre 1er mai et 13 aout 2012. La plupart ont été libérés après avoir été interrogés par le mouvement qui affirme respecter la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, dont il fait partie. 

Les frontières ont perdu toute légitimité

Pourquoi ces actions ? Le PKK affirme avoir changé de stratégie après la répression incessante contre le peuple kurde.  Le dirigeant du PKK, Murat Karayilan, a récemment affirmé que la frontière entre l’Irak et la Turquie a été supprimée après l’opération de la guérilla à Semdinli.  Soulignant que la bataille de Semdinli marquait un changement de tactique de la part de son organisation, il précise que la guérilla entend rester positionnée à Semdinli et constituer un bastion dans cette zone, au lieu de mener des embuscades contre les forces turques.

La guérilla voyage sans visa

Bahoz Erdal, un commandant du PKK, a de son coté ajouté : « Nous, en tant que guérilleros, traversons depuis 28 ans les frontières artificielles dessinées entre les quatre parties du Kurdistan, sans passeport ni visa. Ces frontières ont perdu toute légitimité et le sens pour la guérilla. Mais l’opération révolutionnaire de Semdinli a rendu plus visible cette réalité »

Face aux arrestations massives menées par les autorités turques, le PKK a lancé ses opérations d’arrestations dans le cadre de son projet, l’autonomie démocratique et écologique, soit l’affaiblissement de l’État au profit de la décentralisation. L’existence de l’Etat est déjà réduite en postes militaires et policières au Kurdistan.

Le PKK a revendiqué “l’arrestation” du député CHP de Dersim. « Le député CHP Huseyin Aygun a été placé en garde à vue le 12 aout par nos guérilleros  entre la ville de Dersim et son district Ovacik » a déclaré l’organisation dans un communiqué.  L’organisation a affirmé que les opérations militaires lancées après l’arrestation mettent en danger la vie du député.  Cependant, les autorités ne s’intéressent pas au sort des personnes arrêtées par la guérilla, refusant toute démarche pacifique.

Seuls investissements : barrages, routes, postes militaires, prisons

La branche armée du PKK affirme en outre avoir abattu cinq hélicoptères de type skorsky et avoir détruit neuf véhicules militaires, ainsi que 115 véhicules de chantier travaillant pour l’armée au cours du mois de juillet.

Sur ce sujet, Bahoz Erdal explique au journal kurde Özgür Politika: « Les investissements de l’AKP au Kurdistan se concentrent sur trois domaines : barrage, route et poste militaire. Ces projets sont dirigés par le Ministère de la Défense et n’ont aucun rapport avec le développement économique du Kurdistan. Il y a un projet de construction de 1000 postes militaires.

Les barrages sont destinés à noyer le Kurdistan sous les eaux, tandis que les routes ont pour objectif de  faciliter le passage de l’armée, de diviser les zones montagneuses et de sécuriser les voies menant aux bases militaires. On voit chaque jour des nouvelles inaugurations des usines dans les villes turques, contre des postes militaires et des prisons au Kurdistan. Il s’agit des investissements destinés à l’occupation et aux pillages. »

Cemil Bayik, un haut dirigeant du PKK avait affirmé en février 2012 : « Si l’AKP paralyse la voie à une alternance politique pacifique au Kurdistan, en arrêtant des étudiants, enseignants et des élus et intensifie ses opérations militaires, nous paralyserons aussi la colonialisme politique, administrative et culturelle de l’État turc. »



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