24.04.2014
Le PKK intensifie ses opérations, Erdogan s'affole
2012-08-07 08:55:22
Yazdir

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) intensifie ses opérations « révolutionnaires » pour une autonomie démocratique, changeant de stratégie. Une vaste zone est désormais sous contrôle de la guérilla kurde, ce qui supprime de facto les frontières artificielles dessinées entre les quatre parties du Kurdistan.

Après Semdinli, les forces de défense populaire (HPG), branche armée du PKK, annoncent avoir pris le contrôle des zones d’affrontements qui ont eu lieu le 4 aout à Cukurca, dans la région de Hakkari. Confirmant la mort de 14 combattants dans ses rangs, l’organisation a déclaré avoir tués plus de 100 soldats et avoir saisi 20 armes.  L’organisation a démentie la déclaration premier ministre turc selon laquelle 115 combattants auraient été tués depuis 23 juillet à Semdinli.

Malgré le déploiement de milliers de soldats et les bombardements intensifs, une large zone, soit 35 km à l’intérieur de la frontière de Semdinli, est également sous contrôle de l’organisation depuis 23 juillet. L’armée n’arrive toujours pas à pénétrer dans ces zones par voie terrestre.

Sept zones interdites d’accès aux civils

La préfecture de Hakkari a annoncé le 6 aout avoir interdit l’accès des civiles dans sept zones pendant deux mois. Il s’agit de la zone de Ikikaya située entre Hakkari, Semdinli, Cukurca et Yuksekova, l’est du Beydussebap, ainsi que plusieurs zones dans le centre de la région d’Hakkari;  Altındağlar, Buzul Dağı, Alanduz, Balkaya Daglari, Gediktepe, Karadag, Caglayan et Pirinceken. Toutes ces zones sont aujourd’hui sous contrôle de l’organisation kurde même si les autorités gardent toujours le silence.

L’armée cache ses pertes

Les déclarations officielles sur le bilan des affrontements ne sont pas aussi convaincantes. Le 3 aout, le sous-préfet de Semdinli Mesut Gencturk et le procureur Oktay Akkaya avaient affirmé à Mazlumder, un ONG qui a envoyée une délégation sur place, que les autorités ne détenaient aucun corps de combattant.

De nombreux sacs à cadavres ont été envoyés à la brigade de Semdinli depuis l’hôpital de la même ville,  rapporte des sources locales, confirmant la lourde perte de l’armée pour qui seuls deux soldats à Semdinli et huit à Hakkari seraient tués. 

Alors que l’armée continue de cacher ses pertes, un député kurde a demandé au ministre de la Défense : « Est-ce que les contrats signés par des soldats « professionnels »  exigent que leur mort soit dissimulé à l’opinion publique  ».  Le ministre a refusé de répondre à cette question et à plusieurs d’autres sur des soldats payants, soit des mercenaires. Les autorités dissimulent systématiquement la mort de nombreux soldats tués dans des combats. 

Explosion sur l'oléoduc Kirkouk-Yumurtalik

Dans un communiqué, le PKK a revendiqué l’explosion survenue dans le 5 aout sur l'oléoduc Kirkouk-Yumurtalik qui relie le centre pétrolier de Kirkouk au port de Ceyhan, coupant temporairement la fourniture de pétrole en provenance d'Irak.  Les réparations devraient prendre une dizaine de jours, selon les autorités.

Cette attaque intervient après les affrontements violents qui ont eu lieu à Hakkari. Le PKK avait aussi revendiqué l'explosion visant le même l'oléoduc, le 20 juillet. Moins d’un mois plus tôt,  le 28 juin, la guérilla kurde a fait sauter un gazoduc irano-turc. Le 17 juin, c’était encore l’oléoduc Kerkuk-Yumurtalik qui avait été visé par l’organisation kurde.  Le 29 mai, une explosion a été survenue sur le gazoduc Baku-Ceyhan dans la région de Kars.  Cette explosion a également été revendiquée par le mouvement kurde.

Des soldats enlevés

Trois soldats turcs ont été enlevés, soit placés en garde à vue,  par la guérilla kurde à Diyarbakir, lors d’un contrôle d’identité après avoir dressé un barrage sur la route reliant la ville de Bingol à Diyarbakir. Les combattants du PKK dressent presque chaque jour des barrages pour contrôle d’identité au Kurdistan de Turquie. Selon l’organisation, au 21 personnes ont été arrêtés par la guérilla. La branche armée du PKK affirme avoir abattu cinq hélicoptères de type skorsky et avoir détruit neuf véhicules militaires, ainsi que 115 véhicules de chantier travaillant pour l’armée au cours du mois de juillet

Le mouvement a sa « Cour de Justice » pour juger ceux qui commettent des crimes au Kurdistan.  Parmi les personnes arrêtées par l’organisation figurent un maire AKP de Gurpinar, enlevé le 2 juillet, en représailles des arrestations massives visant les politiciens kurdes. Le gouvernement AKP garde toujours le silence, tout comme pour les soldats qui sont entre les mains du PKK depuis 2011. L’organisation n’a tué aucun de ses « prisonniers » affirmant qu’ils seront jugés équitablement. Elle affirme être contre la peine de mort.

Changement de stratégie

Le dirigeant du PKK, Murat Karayilan, a affirmé que la frontière entre l’Irak et la Turquie a été supprimée après l’opération de la guérilla à Semdinli.  « Outre-frontière » et « dans la frontière » se transforment désormais en un conte, a-t-il dit à l’agence Firat, la bataille de Semdinli marquait un changement de tactique de la part de son organisation.  Selon lui, la guérilla entend rester positionnée à Semdinli et constituer un bastion dans cette zone, au lieu de mener des embuscades contre les forces turques.

Une nouvelle période de guerre

«Le Kurdistan est entré dans une nouvelle période de guerre. Cette guerre menée au Kurdistan est la légitime défense contre la répression et sauvagerie du colonialisme turc. Le gouvernement AKP qui persiste dans sa politique de violence est responsable des conséquences de cette guerre (…) Aucune force ne peut changer le cours de l’histoire » a déclaré dans un communiqué l'Union des Communautés du Kurdistan (KCK),  le système politique du PKK qui a pour objectif d’établir le « confédéralisme démocratique » afin de résoudre le problème kurde au Moyen-Orient.

« La guérilla du Kurdistan mène un combat juste en se posant sur sa propre force et entre dans la période finale (de la lutte de libération du peuple kurde) en changeant de stratégie et constituant des bastions » a ajouté le KCK.

Les quatre parties du Kurdistan seront unies

« Que tout le monde sache : quatre parties du Kurdistan seront unies. Les kurdes syriens sont libres parce qu’ils étaient organisés. Les voix de la liberté franchissent les frontières et font échos au Kurdistan »  a affirmé de son coté Ahmet Turk, le co-président du le Congrès pour une Société Démocratique (DTK), une plateforme d'associations et mouvements kurdes dont le principal parti BDP, lors d’une soirée à Mardin.

Erdogan s’affole en accusant la Syrie

Face à cette nouvelle stratégie du mouvement kurde, Erdogan s’affole et affirme: « si les infiltrations se poursuivent, nous allons entrer en Syrie », alors que ça n’a aucun rapport avec la frontière syrienne.  Il s’agit d’une habitude systématique du régime turc d’accuser les pays étrangers quand il est impuissant face au mouvement kurde. C’est exactement cette mentalité qui a transformé le pays en plus grande prison du monde pour les élus, journalistes, enfants, étudiants, syndicalistes et défenseurs des droits humains kurdes, refusant toute solution pacifique à la question kurde.

La question se pose : « Comment ça se fait qu’un régime aussi faible comme celui d’Assad peut déstabiliser la Turquie qui se prétend d’être la plus grande force de la région ? » et « Cette accusation n’est-elle la preuve d’une faiblesse face aux attaques du PKK survenues loin de la frontière syrienne. » Si Assad avait une telle capacité, il l’utiliserait surement pour sauver son régime. D’ailleurs, la région d’Hakkari a toujours été un fief de l’organisation.  

Par contre, on sait aujourd’hui le régime répressif AKP forme et finance des groupes armés syriens et des paramilitaires, tout comme il reçoit lui-même le soutien des pays occidentaux pour réprimer les revendications légitimes du peuple kurde.

En hiver dernier, le gouvernement avait même annoncé que le mouvement kurde a perdu face au régime et ne pourra plus se relever, après quelques opérations militaires profitant de l’inaction de l'organisation. Les affrontements de ces derniers mois montrent à quel point la politique sécuritaire du gouvernement est un échec total.



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