24.04.2014
Le Monde : Les Kurdes du PKK à l'offensive contre le régime de Damas
2012-07-23 22:19:01
Yazdir

Le Monde a été le premier journal français traitant des kurdes syriens après la prise de contrôle des villes au Kurdistan  Occidental.  « Un embryon d'Etat kurde est-il en train de naître de la guerre civile syrienne ? » s’interroge Guillaume Perrier, pour Le Monde à Istanbul.

Le peuple kurde, grand oublié de la crise syrien, a fait un pas décisif en prenant le contrôle d’au moins quatre villes kurdes depuis 19 juillet. Les médias mainstraim dans son ensemble ont préféré garder le silence face aux revendications et manifestations kurdes, tout comme depuis début de la révolte lancée mi-mars 2011.

Les kurdes sont-ils plus petits que les quarks ?

Après trois jours de silence, les médias turcs ont repris la campagne de désinformation et de manipulation, «conformément aux consignes » du régime  AKP, parti au pouvoir depuis 2002, soit le nouveau patron des médias en Turquie. 

Il y a quelques jours, un journaliste de l’agence de presse kurde Firat se demandait : « Les kurdes sont-ils plus petits que les quarks? ».  Il affirmait que le monde de science était capable de voir ces plus petites particules connues à ce jour dans la matière, mais les kurdes sont toujours  invisibles pour le monde.  «Une personne qui n’a pas perdu sa conscience ne peut rester indifférente à la répression contre le peuple kurde » disait-il.

Guillaume Perrier est l’un des rares journalistes  des grands médias qui écrivent aujourd’hui des articles « hors du commun » sur la question kurde en Turquie mais aussi dans les autres parties du Kurdistan (Irak, Iran et Syrie), où ce problème est entouré par des interdictions et des manipulations intensives.

Un embryon d'Etat kurde ?

« Un embryon d'Etat kurde est-il en train de naître de la guerre civile syrienne ? » s’interroge le journaliste du Monde avant de poursuivre : « C'est la question qui préoccupe ces jours-ci la Turquie voisine. Profitant de l'affaiblissement des forces de Bachar Al-Assad, des miliciens kurdes affiliés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont pris possession de plusieurs villes du nord de la Syrie depuis jeudi 19 juillet. Sans qu'un coup de feu soit tiré, le drapeau kurde et les emblèmes de la guérilla marxiste-léniniste fondée par Abdullah Ocalan ont été hissés sur les bâtiments officiels à Ayn Al-Arab, ville frontalière de la province d'Alep, qui a repris son nom kurde de Kobani après le retrait de l'armée restée loyale au président syrien. »

Le journaliste témoigne également : « Dans la foulée, le mouvement s'est propagé à toute la région : depuis Efrin, au nord d'Alep, jusqu'à Derik (Al-Malikiyah), à la frontière irakienne, en passant par Amudah et Darbasiyah, les Kurdes célèbrent "la libération du Kurdistan occidental" et déboulonnent les portraits de la famille Assad.

En revanche, les troupes de Damas contrôlent toujours Qamishli, sur la frontière, où, pour la première fois depuis le début de l'insurrection, des accrochages ont été signalés avec les comités de défense kurdes, samedi, après une manifestation antirégime, faisant au moins un mort et plusieurs blessés.

"Tous les Kurdes attendent la libération de Qamishli, la plus grande ville kurde de Syrie, considérée comme la capitale administrative et politique. Alors seulement, nous pourrons sentir le vent de la liberté au Kurdistan", estime Sherzad Yezidi, un membre du Parti de l'union démocratique (PYD), la filiale syrienne du PKK et principale force politique kurde syrienne. Ce pourrait être une question de jours. Vendredi, l'Union des comités de coordination kurdes a ordonné le départ de toutes les forces syriennes de la région. "Sinon, elles seront forcées à partir."

Jusqu'ici, la région s'était tenue en retrait de la vague de soulèvements, hormis quelques manifestations sporadiques. Prenant ses distances avec les autorités de Damas comme avec la rébellion, jugée trop proche des pays du Golfe et de la Turquie, la minorité kurde était en position d'attente. »

Plus de 200 barrages routiers

Selon le journaliste,  « le PKK et sa filiale ont servi de rempart contre la progression sur le terrain de l'Armée syrienne libre (ASL). » 

Le journaliste du Monde poursuit : « Celle-ci a été repoussée après avoir tenté d'entrer dans Efrin, le bastion politique du PYD, il y a quelques jours. Même scénario à Ayn Al-Arab. "Les Kurdes ont leurs propres forces et n'ont pas besoin de combattants arabes ou d'hommes venus de l'étranger", lance un membre du PYD.

Les combattants kurdes tiennent plus de 200 barrages routiers au nord et à l'est d'Alep, constituant un véritable verrou autour de la deuxième ville du pays. Nombre de points de passage le long de la frontière turque sont également sous son contrôle, ce qui a longtemps ralenti l'acheminement d'armes à destination de la rébellion.

Mais le changement d'attitude de la principale force kurde fait suite à la tenue, début juillet, à Erbil, au Kurdistan irakien, d'une conférence réunissant tous les partis kurdes syriens. Sponsorisée par le principal responsable de la région autonome d'Irak, Massoud Barzani, cette rencontre a débouché sur un accord entre le PYD et la douzaine de partis kurdes réunis dans le Conseil national kurde, favorable au renversement du régime de Damas. Une intervention décisive. »



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