18.04.2014
L’intimidation des familles des victimes de Roboski
2012-05-11 11:49:02
Yazdir

Plus de 135 jours ont passés depuis le massacre de 34 civils kurdes dont 19 enfants et les auteurs sont toujours libres. Il n’y a aucun avancement dans le dossier ! Mais les autorités ont mis en œuvre tous les moyens pour intimider les familles des victimes : menaces, pots-de-vin, garde à vue, emprisonnements.

Ceux qui réclament la justice après le massacre commis le 28 décembre 2011 lors des bombardements contre le village de Roboski à Uludere, dans la province de Sirnak, voisine de l’Irak, continuent à faire l’objet d’arrestations et d’intimidations.

Selon la journaliste du Radikal, Ezgi Basaran, le père d’un jeune recherché par les autorités est allé voir en début de semaine le procureur d’Uludere. Ce dernier accuse son fils de « tentative de meurtre volontaire » pour « avoir agressé » le sous-préfet d'Uludere qui avait visité le village de Roboski, quelques jours après le massacre, alors que le gouvernement avait gardé le silence pendant 30 heures.

Le père Kerem Bey demande de voir les images de vidéos-surveillance prises au moment des faits. Le procureur répond : « Emmenez-moi ton fils et je te les montrerai ».  Kerem Bey est déterminé : « Je n’emmènerai pas mon fils. La semaine dernière, il m’a demandé la même chose.»

Le 18 avril, l’étudiant Cabbar Yilmaz, proche d’une victime, a été placé en détention pour « tentative de meurtre volontaire » sous l’accusation d’avoir agressé le sous-préfet.  

Kerem Bey a perdu un fils dans le bombardement. Aujourd’hui il essaie de protéger son autre fils, Kerem Enç, de la justice du régime AKP, parti au pouvoir du premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui a transformé le pays en une prison à ciel ouvert.

« J’ai dit au procureur : vous nous poursuivez au lieu de trouver l’assassin de 34 personnes. Il n’a rien dit. Ils ont toujours raison et nous coupables! » raconte le père.

La plupart des familles des victimes était des gardians de villages, milices kurdes armées par le gouvernement. Au cours de la semaine dernière, le commandant du régiment de Roboski convoque six pères qui ont perdu leurs fils dans le massacre. « Le commandant Abdullah Pacha nous a convoqué. Nous sommes des gardians de villages depuis 20 ans, soit ça fait 20 ans que nous sommes avec l’Etat mais nous ne sommes pas en service depuis ce jour-là. Le commandant nous a dit : reprenez vos fonctions ou rendez vos armes. Nous avons dit qu’il faut d’abord trouver les assassins avant de reprendre du service » raconte Suleyman Bey, le père du Cemel Encu.  

La réponse du commandant résume la situation et explique pourquoi aucun avancement n’a été réalisé dans ce dossier : « Oubliez-le. C’était un accident. L’État a commis un accident. Clôturez-le. Supposons que c’est moi l’auteur et alors ? Que pouvez-vous faire face à l’État ? »

Pour le BDP et le parti d’opposition CHP, ainsi que les organisations des droits humains, il n’y a aucun doute : les villageois kurdes ont été massacrés délibérément sur ordre du gouvernement.

Le député du principal parti kurde BDP, Ertugrul Kurkcu, a dénoncé la pression des autorités sur les familles des victimes, affirmant que « les villageois sont poursuivis, jugés et font l’objet d’intimidations afin de retirer leurs plaintes »

« Chaque moment qui passe est au profit des auteurs de ce massacre et nous entrons dans une nouvelle période de violation des droits humains où les victimes sont transformés en criminels » a dit le député, dans un communiqué.





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