25.04.2014
Turquie: Quatre journalistes libérés, 101 autres restent en prison
2012-03-13 18:57:59
Yazdir

La justice du régime turc libère le 12 mars quatre journalistes dont Ahmet Sik et Nedim Sener, à l’issue de la onzième audience du procès OdaTV à Istanbul. La Turquie reste toujours la plus grande prison du monde pour les journalistes avec 101.

La 16e chambre de la cour d’Assises d’Istanbul a ordonné la libération conditionnelle des journalistes d’investigation Ahmet Sik et Nedim Sener, ainsi que des chroniqueurs d’OdaTV, Muhammet Sait Cakir et Coskun Musluk, emprisonnés depuis le 6 mars 2011. Le président du tribunal, Mehmet Ekinci, a fait valoir la longue période déjà passée en détention et la possibilité d’un allègement des charges. La prochaine audience du procès se tiendra le 18 juin 2012.

« Un jour, ceux qui ont fomenté ce complot, les policiers, procureurs et juges qui l’ont mis en oeuvre, seront à leur tour incarcérés dans cette prison » a déclaré Ahmet Sik, faisant référence notamment à la Confrérie de Fethullah Gulen, le nouveau État-profond.  Le chef de la confrérie vit actuellement sur une parcelle de terrain achetée au milieu des montagnes Pocono en Pennsylvanie au États-Unis.

RSF accueille avec joie et demande la libération des autres

Reporters sans frontières accueille avec une grande joie la remise en liberté conditionnelle des quatre journalistes.  « Ces libérations ne doivent cependant pas masquer le prolongement de la détention d’une centaine de professionnels des médias » a affirmé l’organisation.

« Nos pensées vont bien évidemment à ces journalistes et à leurs proches, qui voient enfin se terminer un cauchemar absurde de plus d’un an. Ils ne sont cependant pas encore acquittés, et les autres protagonistes du procès OdaTV restent en détention, tout comme plusieurs dizaines d’autres journalistes dans différentes affaires », a rappelé Reporters sans frontières

L’organisation a déclaré : « De par leur notoriété, l’arrestation d’Ahmet Sik et Nedim Sener a contribué à rappeler au monde la difficulté d’exercer la profession de journaliste en Turquie. Mais en aucun cas la mobilisation ne doit faiblir suite à leur libération. Le flou et le caractère répressif de la Loi antiterroriste et d’une vingtaine d’articles du Code pénal, le recours systématique à la détention préventive, sont plus que jamais des problèmes actuels. La situation s’est même considérablement aggravée au cours de ces derniers mois. Nous appelons une nouvelle fois la justice et les autorités à prouver leur bonne volonté par des libérations massives et des réformes de fond »

Nouvelles arrestations continuent

Non seulement des dizaines de journalistes se trouvent toujours en détention provisoire, mais de nouvelles arrestations continuent de se produire chaque mois, visant notamment la presse pro-kurde, dénonce l’organisation. 

Elle rappelle que  lors d’une conférence de presse organisée le 12 mars 2012 à Diyarbakir (Sud-Est), l’agence DIHA (Dicle Haber Ajansi) a rappelé que 27 de ses collaborateurs étaient actuellement emprisonnés.

Après la correspondante de DIHA Gülsen Aslan, incarcérée le 21 février 2012 à Batman (Sud-Est), la reporter Özlem Agus a ainsi été placée en détention le 9 mars à la prison Karatas d’Adana (Sud).

De nombreux autres professionnels des médias sont régulièrement interpellés. Zeynep Kuris, correspondante de DIHA à Mersin (Sud), a été interpellée le 14 février puis remise en liberté trois jours plus tard. Le 16 février, Ismet Mikailogullari a été lui aussi libéré après trois jours de garde à vue à Diyarbakir.

Ali Bulus, reporter de Mersin interpellé avec Özlem Agus, a également été remis en liberté. Il avait retrouvé la liberté le 26 décembre 2011 après sept ans et demi d’emprisonnement pour « appartenance au PKK ».

101 journalistes en prison

La Turquie reste toujours la plus grande prison du monde pour les journalistes. Selon la Plateforme de soutien aux journalistes emprisonnés (TGDP), 101 journalistes dont 20 rédacteurs en chef et directeurs.  Au moins 73 d’entre eux sont des kurdes, parmi eux 30 journalistes de DIHA dont trois anciens correspondants, 16 du seul quotidien en langue kurde Azadiya Welat, dont quatre anciens rédacteurs en chef et un directeur de publication, 12 du journal Özgür Gündem et deux de l’agence de presse Firat, selon un décompte de l’ActuKurde à partir de la liste publié par la Plateforme.



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