Au moment où le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan faisait le show de « charité » en Somalie et accusait la Syrie de massacre, les sept membres d’une famille kurde dont quatre enfants et une femme ont été tués « de sang froid » par l’aviation turque. Le gouvernement AKP et médias turcs agissent comme si rien ne s’était passé. Pourquoi ce silence mortel et complice ?
Les avions de guerre bombardent les villages et les zones du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis 17 aout. Sept civils, dont trois enfants, un bébé et une femme, ont été tués lors des bombardements du 21 aout et le PKK affirme avoir perdu trois de ses combattants.
Les médias ont brandi les drapeaux de la guerre
Les médias turcs ont brandi les drapeaux de la guerre avant l’ordre du gouvernement pour l’opération transfrontalière, comme dans le passé, en se positionnant du coté de pouvoir. Ils n’ont pas hésité de montrer du doigt les députés kurdes du principal parti kurde BDP.
« Ce sont vous les assassins ! » telle était la UNE du journal Yeni Safak, publiant une photo des députés kurdes, ce qui rappelle les années 1990 où plusieurs personnalités ont été tuées de cette façon.
Le journal Zaman de la confrérie Gulen, un partenaire de l'ombre au cœur du gouvernement AKP, parle d’un scenario tamoul pour en finir avec le PKK et propose la répression policière pointant du doigt le BDP.
Les bombardements contre le PKK ont même été présentés comme un mach de football par Flash TV, criant « gool » après chaque frappe aérienne.
Intimidation des journalistes
Depuis l’arrivé au pouvoir du AKP en 2002, les médias proches du gouvernement tentent d’intimider les journalistes et écrivains critiquant la politique d’Erdogan. Banu Guven et Can Dundar qui n’ont aucun lien avec le PKK ont du récemment quitter NTV, chaine d’information.
Le politologue Nuray Mert et journaliste-écrivaine Ece Temelkuran se voient accuser régulièrement d’être les « partisantes » du PKK. Temelkuran a dit qu’elle recevait des menaces de morts, tandis que le premier ministre a accusé Nuray Mert de « lâcheté » pour avoir critiqué la politique du gouvernement dans une interview accordée à l’agence kurde Firat. Plusieurs autres journalistes ont été réduits au silence.
Des assassinats à l’ordre du jour !
Évoquant « une nouvelle ère », le premier ministre a menacé les politiciens kurdes : "Ceux qui ne s'écartent pas du terrorisme vont en payer le prix". Les menaces d’Erdogan ont été considérées par les politiciens kurdes comme une déclaration de guerre.
« Des assassinats contre nous seraient à l'ordre du jour. Certains planifieraient une guerre civile en Turquie » a affirmé le président du groupe BDP au parlement, Selahattin Demirtas.
Opération de charité en Somalie, guerre en Turquie
Le gouvernement AKP menace et déclare la guerre contre les kurdes d’une part, fait une opération de charité en Somalie pour « montrer sa bienveillance » au monde d’autre part. Il accuse le colonel Kaddafi et Bashar al-Assad de « massacre » et Israël de « tueur des enfants ». Il n’hésite pas de dire qu’il est contre l’assimilation en Europe et se prétend d'être le sauveur des palestiniens.
Au moment où l’aviation turque bombardait les villages kurdes, tous les journaux turcs parlaient de campagne de charité d’Erdogan et de la confrérie Gulen en Somalie, mais la mort de sept civils kurdes n’était pas importante à leurs yeux. Une opération de manipulation pour détourner l’attention !
“ Malheureusement, les médias ne sont pas en reste: soit il refuse de voir les morts civils, soitils se contentent de présenter les morts comme des ‘terroristes’ » dénonce Hamit Geylani, le co-président du BDP (Partie pour la Paix et La Démocratie), dans un communiqué transmis au blog de MaximeAzadi.
Le gouvernement doit s’excuser
Selon ce communiqué, « l'AKP a choisi, au lieu de chercher la question kurde par des moyens faisant taire les armes, d'équiper la police et l'armée avec de nouvelles armes et de nouveaux véhicules. Et dans le même temps, il souhaite accorder de nouveaux ‘super-pouvoirs’ aux préfets. » Il s’agit des pratiques anciennes des années 1990.
« Nous tenons une fois encore à mettre en garde : par ces méthodes, on ne pourra ni résoudre la question kurde, ni mettre un terme aux affrontements » a dit le BDP, affirmant que « si le gouvernement venait à faire un moindre pas afin de changer cette atmosphère, il devrait commencer par présenter ses condoléances et ses excuses » auprès des familles de victimes.
Le silence international
La communauté internationale garde aussi leur silence devant les actes criminels du gouvernement turc.
Le Centre d’Information du Kurdistan, basé à Paris, appelle la Communauté internationale, notamment l'Union européenne, à prendre des mesures contre les opérations militaires transfrontalières menées par la Turquie, au motif qu’elles constituent des infractions au droit international. « La solution de la question kurde doit être abordée dans le cadre d’une constitution démocratique avec les moyens démocratiques ; et non pas avec des actes de guerre. »
Non à une solution "à la tamoule"
« La Turquie joue avec le feu, elle joue avec le futur de la région et compromet la chance d'une cohabitation pacifique entre les peuples kurde et turc » averti de son coté CNSK, une coordination de solidarité avec le Kurdistan, dans un communiqué.
« Nous ne voulons pas de solution ‘à la tamoule’ qui dresse les peuples les uns contre les autres dans des combats génocidaires, qui bafoue le droit international et les droits de l'homme, et qui est source d'une instabilité au niveau régional » ajoute-il.
LE BILAN DU GOUVERNEMENT D’ERDOGAN
Voici un bilan incomplet du gouvernement AKP établi par le blog de Maxime Azadi à partir de différant rapports, afin de donner quelques idées comment on en est arrivé là.
Le nombre des détenus dans les prisons ont argumenté de 100%, passant de 60 000 en 2002 à 120 000 en 2010. La violence envers la femme atteint une ampleur effrayante, avec une hausse de 1400 %. Aujourd'hui, environ 70 journalistes, kurdes pour la plupart, sont en prison,ce qui en fait le pays la plus grande prison du monde pour les journalistes. Des centaines de journaux, revues ou livres ont été interdits parles autorités. 73 enfants kurdes ont été tués par les forces de l'ordre depuis 2002, selon l'initiative « Bir Göz de Sen Ol » qui a publié les noms de 477 enfants kurdes tués ces 20 dernières années.
Plus de 4 000 membres actifs du BDP, dont des maires, élus, syndicalistes et des défenseurs de droits de l'homme ont été mis derrière les barreaux depuis 2009, dans le cadre de l'affaire KCK, l'Union des associations du Kurdistan (KCK), une organisation accusée de « terrorisme » et de « complicité » avec le PKK. Tous ceux qui militent pour la cause kurde risquent d'être arrêtés dans le cadre cette affaire, considérée comme un complot politique par les organisations kurdes.
Les arrestations en masse rappellent les années 1990 et sont comparables à celles de l'époque Ciller. Selon un bilan établi à partir des rapports sur la situation des droits de l'homme, 21 612 personnes ont été arrentées en 2002 contre 14 473 en 1994. Au cours l'année 2007, début de second mandat d'Erdogan, 7 191 personnes ont été arrêtées et 16 000 arrestations ont été effectuées en 2010. Un rapport de l'Association de droits de l'Homme(IHD) indique que 4 015 personnes ont été arrêtées au cours du premier semestre2011, dans la seule région kurde, contre 2 430 sur la même période de l'année 2010. Le rapport constate 16 482 cas de violations des droits de l'homme au six premiers mois de l'année en cours, contre 13 219 cas en 2010. Le même rapport constate également 1 010 cas de tortures et de mauvais traitements dans les six premiers mois dans région kurde, contre 433 en 2010.