22.09.2014
Alain Juppé confirme le silence « complice » face à la répression des Kurdes
2012-01-10 09:05:44
Yazdir

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, appelle le gouvernement turc à relancer le processus d’ouverture « démocratique » ouvert en 2009, faisant croire que la question des minorités demeure l’un des priorités de l’agenda du gouvernement Erdogan,  dans sa réponse à la lettre de sénatrice du nord, Michelle Demessine, à propos de la répression contre le peuple kurde.

Dans une lettre adressée le 18 octobre 2011 au ministre des Affaires étrangères, la sénatrice communiste du Nord Michelle Demessine  attire l’attention sur la situation du peuple kurde, rappelant les raids aériens contre le PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan sur le territoire irakien et la répression de « grande ampleur » contre la population civile kurde dont des élus.

« A l’heure où les victimes de ce regain de violence aux portes de l’Europe sont de plus en plus nombreuses, l’émergence d’une solution politique dans laquelle la France a un rôle à jouer apparait donc plus que jamais nécessaire » écrit la sénatrice.

Dans cette lettre dont l'ActuKurde s'est procuré copie, elle appelle la France "à sortir de son silence pour dénoncer les arrestations arbitraires en cours dans ce pays, pour rappeler aux autorités turques ses responsabilités le recours à la force contre les populations civiles."

La France attachée au processus d’ouverture transformé en fiasco

La réponse du ministre des Affaires étrangères vient le 7 décembre 2011, soit plus de deux semaines après sa visite en Turquie. Il ne montre aucun intérêt aux droits collectif du peuple kurde et se contente de dire que la France est attachée au respect de la liberté d’expression et des libertés individuelles. Une lettre qui ne fait que confirmer le silence « complice » du gouvernement français qui laisse le problème kurde au gouvernement du Recep Tayyip Erdogan, espérant une solution erdoganienne dans les domaines « économique, démocratique et militaire », c’est-à-dire dans le cadre de la politique d’ouverture qui s’est transformée en fiasco.

Le ministre Alain Juppé  écrit : « La France est profondément attachée tant au respect de la liberté d’expression des mouvements politiques qui respectent la légalité que, plus généralement, à la défense des droits de l’homme.  Le denier rapport de progrès de la Commission européenne relatif à la Turquie se montre critique sur la situation des droits fondamentaux. Il relève la persistance de grave problèmes, s’agissant du respect des minorités et affiche ses inquiétudes sur le traitement réservé aux élus kurdes, en notant que l’ouverture démocratique lancée 2009 n’a pas encore produit ses effets.

Dans le cadre du dialogue qu’elle entretient avec la Turquie, la France a, de façon constante, invité les autorités turque à intensifier leurs efforts pour le renforcement des libertés individuelles et consolidation de l’Etat de droit au bénéfice de tous les citoyens turcs.  La France rappelle à chaque occasion à ses interlocuteurs turcs son attachement au pluralisme et au caractère essentiel du débat politique démocratique dans un cadre parlementaire et elle continue à encourager toutes les parties à poursuivre dans la voie du dialogue.

Il est toutefois évident, et indispensable, que les représentants élus des populations d’origine kurde, pour demeurer des interlocuteurs crédibles dans la recherche d’une solution pacifique et durable de la question kurde, doivent conserver clairement leurs distances avec la violence du PKK, mouvement sur la liste des organisations terroristes de l’Union européen. 

La question kurde continue d’occuper une place importante dans le débat public en Turquie. Le processus d’ouverture démocratique ouvert en 2009, prévoyant des mesures concrètes dans trois domaines (économique, démocratique et militaire) doit être relancé. La question des minorités demeure l’un des priorités de l’agenda du gouvernement turc, dans le cadre du « Projet d’Union national et de Fraternité » que le parti au pouvoir (AKP) ambitionne de conduire. La France suit avec intérêt et attention l’application de ce projet par le gouvernement turc, notamment aux populations d’origine kurde. »

Juppé pleinement solidaires de l’action du gouvernement Erdogan

En réalité, le  « Projet d’Union national et de Fraternité » que le gouvernement français s’est attaché aveuglement a transformé le pays en plus grande prison du monde pour  les journalistes avec 96. Le régime a aussi enfermé 36 avocats, près de 40 syndicalistes, au moins 15 défenseurs des droits de l’homme, des centaines d’élus dont 18 maires et huit députés et des centaines d’enfants et des femmes politiques. Plus de 9 mille personnes ont été arrêtées  dans le cadre de l’affaire KCK, lancée avril 2009, quelques semaines après le grand succès des kurdes lors des élections municipales. La politique d’ouverture du gouvernement n’était rien d’autre que de tromper l’opinion publique pour justifier la répression. La politique d’ouverture était en réalité la politique de répression pour instaurer l’hégémonie totale du régime Erdogan.

Silence sur le massacre de 35 kurdes

Le gouvernement français comme ses partenaires européens a également gardé le silence face au massacre de 35 civils kurdes dont 19 enfants dans le raid turc du 28 décembre contre un village de la région de Sirnak, alors que ces pays européens se concurrencent pour condamner l’Iran ou la Syrie qui ne sont pas moins répressifs que la Turquie.

La France n’a jamais parlé publiquement de droits collectifs du peuple kurde, mais le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé  n’a pas hésité de déclarer « pleinement solidaires »  de l’action de la Turquie dans la « sale guerre » contre les kurdes, sous forme de lutter contre le « terrorisme », lors de sa visite à Ankara, le 18 novembre. « Nous sommes pleinement solidaires de l’action de la Turquie dans la lutte contre le terrorisme et nous soutenons ces efforts » avait-t-il affirmé.

Accord anti-kurde

De plus, un accord anti-kurde avait été signé le 7 octobre entre la France et la Turquie contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), lors de la visite du ministre français de l'Intérieur Claude Guéant à Ankara. L’accort prévoit l'engagement des deux pays dans une "coopération opérationnelle de lutte contre le terrorisme", avait indiqué M. Guéant. Il devrait permettre aux forces de sécurité turques et françaises de mener une lutte commune sur le terrain, avait ajouté le ministre français qui affirmait sa « détermination totale » et « indéfectible » aux côtés de la Turquie contre le PKK.

Entre ces deux visites, le tribunal correctionnel de Paris a prononcé le 2 novembre des peines avec sursis allant d'un an à 5 ans, à l'encontre de 17 kurdes jugés pour des faits liés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui lutte depuis 30 ans pour les droits légitimes du peuple kurde. Relaxant le 18ème prévenu, tribunal correctionnel de Paris prononcé la dissolution du centre culturel kurde, qui comparaissait en tant que personne morale. Le procès de ces 18 personnes qui avaient été interpellées en région parisienne et en Bretagne février 2007, avait débuté le 20 juin et prit fin en juillet.

Selon un décompte du Réseau d’informations libres de la Mésopotamie (ActuKurde), au moins 51 kurdes ont été arrêtés en France au cours de l’année 2011 pour des motifs politiques, atteignant exactement le même niveau d’arrestations de l'année 2010.

Maxime Azadi



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